mercredi 28 mars 2007
mardi 27 mars 2007
UKRAINE : ENQUETE SUR UNE AUTRE SHOAH
Un prêtre catholique, le père Patrick Desbois, est en train de révolutionner l'histoire de la Shoah "à l'est" : en Ukraine et dans les autres territoires soviétiques occupés par les forces allemandes à partir de juin 1941.
PAR Michel Gurfinkiel.
Le père Patrick Desbois est chargé des relations avec le judaïsme auprès de l'Episcopat français. Il répond à nos questions.
____________________
Un prêtre catholique qui se consacre à la redécouverte de la Shoah en Ukraine. A priori, c’est surprenant…
PATRICK DESBOIS. Ca s’est fait un peu par hasard. Mon grand-père, prisonnier de guerre français, avait été transféré pour insubordination au Stalag 325 de Rawa-Ruska, à la frontière de la Pologne et de l’Ukraine actuelles. Une expérience qui l’a marqué à jamais. Quand les Français sont arrivés dans ce camp, ils ont appris que les « locataires » précédents, des prisonniers de guerre soviétiques, venaient d’être « liquidés ». Ils ont ensuite vu journellement des exécutions de juifs. Il y avait quelque chose de tellement infernal dans cette situation qu’ils ont fini par demander un beau jour au commandant allemand d’être fusillés, eux aussi. Cet officier a posé la question à Berlin : on lui a répondu que la politique du Reich était, pour l’instant, de reconnaître aux Français, à la différence des Soviétiques et des juifs, le bénéfice des conventions de Genève. Vous comprendrez aisément que, lors de l’effondrement de l’URSS, en 1991, je ne pouvais pas ne pas me rendre sur place. Pour voir ce qu’il restait de l’enfer, près d’un demi-siècle plus tard.
Et qu’avez-vous vu ?
Personne ne semblait savoir exactement où les juifs avaient été massacrés, où se trouvaient les fosses communes… J’ai dû mener une véritable investigation policière. Interroger beaucoup de gens, avec l’aide du prêtre local. Recouper les indications. Rencontrer des personnes très âgées, qui avaient été des témoins oculaires. Finalement, j’ai retrouvé ces fosses : elles étaient cachées dans des taillis, invisibles. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose pour marquer leur emplacement, préserver leur souvenir.
Et puis ?
Et puis les choses ont pris de l’ampleur. Je suis allé sur le site d’autres massacres. Comme à Rawa-Ruska, l’oubli était en train de s’installer : un repérage d’ensemble, portant sur l’ensemble de l’Ukraine, semblait donc nécessaire. Mais ce n’était pas tout. A travers les recherches sur les fosses communes, j’entendais des choses extraordinaires sur les massacres eux-mêmes, la façon dont ils avaient été organisés et perpétrés. J’ai compris que des pages cruciales de l’histoire de la Shoah étaient à réécrire.
Pourquoi ?
Le travail historique « classique » allemands n’avaient tué que des sur la Shoah a porté essentiellement sur les pays occidentaux, à commencer par l’Allemagne, et certains pays communistes d’Europe centrale et orientale, notamment la Pologne, où la plupart des camps nazis étaient situés. Mais l’URSS, jusqu’en 1991, était « hors champ ». Il était très difficile de s’y rendre, et plus encore d’y mener une enquête à caractère historique. En outre, le concept même d’un Holocauste ou d’une Shoah, c’est-à-dire d’un génocide des juifs, n’y avait pas cours : officiellement, les « fascistes » n'avaient tué que des « citoyens soviétiques ». Résultat : beaucoup de choses restaient floues, ou étaient sous-estimées. On savait, en gros, que Himmler avait envoyé dans les territoires soviétiques occupés des unités mobiles chargées de l’extermination des juifs, les fameux Einsatzgruppen. On évaluait les victimes de ces opérations – au fusil et à la mitrailleuse, d’où le nom de « Shoah par balles » - à quelques centaines de milliers de personnes, un million au plus. On avait répertorié les sites des massacres, et l’on disposait parfois de photos terrifiantes prises sur lors de certaines exécutions. C’était apparemment beaucoup. Mais c’était en fait très incomplet par rapport aux connaissances dont on disposait sur la Shoah à l’Ouest.
Les Soviétiques avaient pourtant fait une enquête de terrain dès 1944 ?
Oui. Au fur et à mesure où ils reprenaient le contrôle des régions conquises par les Allemands en 1941 et en 1942, les Soviétiques constataient la disparition de populations civiles, découvraient des charniers, recueillaient des témoignages. De nombreux rapports ont alors été établis. Ils ont été utilisés au procès de Nuremberg ou en vue de la rédaction d’un document d’ensemble soviétique sur les crimes nazis, le Livre Noir. Mais ensuite, ils sont tombés dans l’oubli. Staline et ses successeurs les ont retirés de la circulation parce qu’ils allaient à l’encontre de la thèse officielle de massacres « antisoviétiques ». Les historiens occidentaux ont cessé de les utiliser parce qu’ils craignaient des falsifications du KGB, comme cela s’était produit dans le cas du massacre de Katyn. Aujourd’hui, avec le recul et compte tenu de l’on découvre en Ukraine, les rapports soviétiques initiaux suscitent à nouveau beaucoup d’intérêt. 80 % au moins de leur contenu semble avoir été vérifié.
Comment enquêtez-vous ?
Je travaille avec une équipe de onze personnes, toujours les mêmes. En moyenne, nous effectuons cinq voyages par an. Chacun de ces voyages dure une quinzaine de jours. Jamais plus, car le stress physique et moral est considérable. Presque rien n’a changé en Ukraine depuis la fin de la guerre. Imaginez une campagne immense, des routes à peine carrossables, des conditions de vie primitives, des habitations dépourvues de tout confort moderne, une paysannerie qui n’a pas encore très bien compris sous quel régime elle vivait aujourd’hui, des tensions toujours présentes entre ceux qui étaient restés fidèles à l’URSS en 1941 et ceux qui s’étaient ralliés aux Allemands. Imaginez un pays sans panneaux indicateurs, sans cartes fiables, où la plupart des gens ne savent même pas le nom de villages distants d’une dizaine de kilomètres. Nous arrivons sans prévenir, afin que personne n’ait eu le temps d’exercer des pressions sur les témoins éventuels. Les prêtres locaux, catholiques, uniates ou orthodoxes selon les régions, sont en général notre premier contact. Ils font savoir qu’un prêtre français et son équipe veulent rencontrer des personnes ayant assisté au massacre des juifs ou ayant reçu des informations à ce sujet. Cela rassure : l’essentiel, pour ces populations, est que nous n’appartenions pas « au KGB », ou à ce qui a pu lui succéder. Une fois ce point acquis, les gens viennent nous parler ou nous indiquent qui pourrait parler. Très simplement, sans difficulté. Nous photographions les personnes, nous filmons l’entretien. En fonction de ce qu’on nous a dit, nous localisons le site véritable des massacres, et donc des fosses communes, qui n’est souvent pas celui où l’on a érigé un monument ou une stèle à l’époque soviétique. Nous y cherchons d’autres indices : les douilles des tireurs allemands, par exemple. Et nous les trouvons. Notre but est de réunir, sur chaque massacre, le maximum de preuves tangibles et convergentes.
Qui finance vos voyages ? Qui assure le contrôle scientifique de vos enquêtes ?
Notre travail est placé sous l’égide de Yahad-In Unum (« Ensemble », en hébreu et en latin), une association judéo-chrétienne créée à cet effet. Nous bénéficions de l’appui de l’Eglise de France, du rabbin Singer du Congrès juif mondial, de la Fondation de la Mémoire de la Shoah (FMS), du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), du Musée national de la Shoah, du National Holocaust Memorial américain. Le suivi scientifique est assuré par ces mêmes institutions et par diverses universités. Les matériaux réunis au cours de nos enquêtes, qu’il s’agisse des enregistrements des témoignages personnels, des compte rendus de recherche sur le terrain ou d’objets, leur sont confiés.
Sur combien de sites avez-vous enquêté ?
Nous avons repéré 2400 sites en Ukraine et nous en avons étudié plus de 600. Plus nous avançons dans nos recherches, plus nous découvrons de nouveaux sites. Nous avons commencé à travailler en Transnistrie, dans l’ancienne Moldavie soviétique. A terme, nous voudrions couvrir également la Russie actuelle et la Biélorussie. Le temps presse. Les derniers témoins oculaires de la « Shoah par balles » ont entre soixante-dix et quatre-vingt-dix ans.
Qu’avez-vous appris de nouveau sur cette Shoah ?
Enormément de choses. D’abord, le modus operandi des massacres. Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les juifs qui ont creusé leurs propres fosses, mais les paysans, mobilisés pour l’occasion. Ce sont les paysans, également, qui ont transporté les juifs sur le lieu de l’exécution, dans leurs carrioles. Les enfants ukrainiens étaient requis pour trier les vêtements des juifs. D’autres paysans ou paysannes devaient préparer la nourriture pour les exécuteurs. Dans de nombreux cas, les massacres n’ont pas été effectués par les Allemands, mais par des supplétifs ukrainiens, sous la surveillance des Allemands. En d’autres termes, une grande partie de la population rurale ukrainienne a assisté au génocide et une petite partie y a participé. De même, il ressort des témoignages que nous avons recueillis que les forces allemandes régulières, et pas seulement les Einsatzgruppen, ont participé d’une façon ou d’une autre aux massacres, ne serait-ce qu’en coupant les routes pour empêcher les juifs de s’enfuir, ou y ont assisté. On est très loin d’un crime commis dans une semi-clandestinité.
Les Ukrainiens se sont-ils prêtés au génocide par antisémitisme ?
Il y a eu des cas où la population locale a tué les juifs avant même que les Allemands ne soient là. Il y a celui des supplétifs ukrainiens, ou des prisonniers de guerre engagés dans la Waffen SS, qui ont participé activement au génocide. Le reste de la population a effectué des taches matérielles sous la contrainte. Certaines familles ont tenté de sauver des juifs. S’ils étaient découvert, c’était la torture et la mort. On nous a rapporté le cas d’une famille qui avait caché un enfant juif. Le commandant nazi local ne s’est pas borné à la faire fusiller : les cadavres des membres de cette famille ont été dépecés, et chaque morceau a été planté à une entrée différente du village, pour l’exemple.
Autres découvertes ?
Une autre idée reçue, c’est que la « Shoah par balles » aurait été en quelque sorte une Shoah « improvisée », menée dans l’urgence et au milieu des combats, à la différence de l’extermination quasi-industrielle menée à l’Ouest. Nous avons découvert qu’il n’en était rien. Tout était planifié, organisé dans le moindre détail, exactement comme à l’Ouest. Les Allemands prenaient bien soin de vérifier sans cesse l’identité juive des personnes qui allaient être exécutées : si un non-juif se trouvait là par erreur, il était immédiatement libéré (nous avons rencontré des personnes passées par cette épreuve). Les cas « douteux » au regard de l’idéologie nazie – demi-juifs, ethnies dont l’origine juive n’était pas certaine – bénéficiaient de sursis. Les « actions » étaient menées selon un plan géographique précis : les Allemands commençaient par les zones les plus proches du front puis remontaient vers l’arrière. Ils recouraient à des ruses psychologiques pour s’assurer de la docilité des victimes : la plus courante étant de les convoquer pour une « évacuation vers la Palestine ». En définitive, la seule différence avec la Shoah occidentale, ce sont les méthodes, plus appropriées aux conditions locales et beaucoup moins coûteuses.
Vous pensez que le nombre total des victimes est plus élevé qu’on ne pensait jusqu’à présent ?
Certainement. Certains massacres n’ont pas été pris en considération. D’autres ont été sous-évalués. Nous pensons que le total des victimes de la Shoah va au-delà du chiffre de six millions.
Il y a eu des révoltes dans les ghettos, dans certains camps… Pas en Ukraine ?
Le problème ne se pose pas comme cela. En fait, la plupart des hommes juifs valides se sont battus : ils avaient rejoint l’Armée rouge ou formé des maquis à l’arrière des Allemands, les fameuses unités de « partisans ». C’est surtout le reste de la population juive qui a subi la « Shoah par balles » : les personnes âgées, les enfants, les femmes.
Que deviennent les sites des fosses communes, une fois que vous les localisez ?
Nous menons notre action conformément à la loi religieuse juive, en liaison avec la yéshivah du Rav Schlesinger, de Londres. A priori, il nous est interdit de déranger les morts dans leur sommeil, et donc de procéder à des exhumations ou à une éventuelle réinhumation. Mais nous avons été en mesure de rapporter des faits nouveaux, comme le pillage des fosses : plus de soixante ans après le massacre, il y a encore des gens qui cherchent des dents en or ou d’autres objets de ce type. Selon les autorités rabbiniques, cela peut rendre nécessaire de nouvelles mesures. A titre personnel, je souhaite que les sites soient délimités, érigés officiellement en lieux saints, préservés. Les Allemands sont en train de réensevelir leurs morts de la Seconde Guerre mondiale, y compris les SS, dans des cimetières militaires magnifiques, à travers toute l’Ukraine. Je n’ai rien a priori contre de tels cimetières. Mais il serait inacceptable que pendant ce temps, les restes des victimes s’enfoncent dans une boue anonyme.
© Michel Gurfinkiel et Le Journal des Communautés, 2007
PAR Michel Gurfinkiel.
Le père Patrick Desbois est chargé des relations avec le judaïsme auprès de l'Episcopat français. Il répond à nos questions.
____________________
Un prêtre catholique qui se consacre à la redécouverte de la Shoah en Ukraine. A priori, c’est surprenant…
PATRICK DESBOIS. Ca s’est fait un peu par hasard. Mon grand-père, prisonnier de guerre français, avait été transféré pour insubordination au Stalag 325 de Rawa-Ruska, à la frontière de la Pologne et de l’Ukraine actuelles. Une expérience qui l’a marqué à jamais. Quand les Français sont arrivés dans ce camp, ils ont appris que les « locataires » précédents, des prisonniers de guerre soviétiques, venaient d’être « liquidés ». Ils ont ensuite vu journellement des exécutions de juifs. Il y avait quelque chose de tellement infernal dans cette situation qu’ils ont fini par demander un beau jour au commandant allemand d’être fusillés, eux aussi. Cet officier a posé la question à Berlin : on lui a répondu que la politique du Reich était, pour l’instant, de reconnaître aux Français, à la différence des Soviétiques et des juifs, le bénéfice des conventions de Genève. Vous comprendrez aisément que, lors de l’effondrement de l’URSS, en 1991, je ne pouvais pas ne pas me rendre sur place. Pour voir ce qu’il restait de l’enfer, près d’un demi-siècle plus tard.
Et qu’avez-vous vu ?
Personne ne semblait savoir exactement où les juifs avaient été massacrés, où se trouvaient les fosses communes… J’ai dû mener une véritable investigation policière. Interroger beaucoup de gens, avec l’aide du prêtre local. Recouper les indications. Rencontrer des personnes très âgées, qui avaient été des témoins oculaires. Finalement, j’ai retrouvé ces fosses : elles étaient cachées dans des taillis, invisibles. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose pour marquer leur emplacement, préserver leur souvenir.
Et puis ?
Et puis les choses ont pris de l’ampleur. Je suis allé sur le site d’autres massacres. Comme à Rawa-Ruska, l’oubli était en train de s’installer : un repérage d’ensemble, portant sur l’ensemble de l’Ukraine, semblait donc nécessaire. Mais ce n’était pas tout. A travers les recherches sur les fosses communes, j’entendais des choses extraordinaires sur les massacres eux-mêmes, la façon dont ils avaient été organisés et perpétrés. J’ai compris que des pages cruciales de l’histoire de la Shoah étaient à réécrire.
Pourquoi ?
Le travail historique « classique » allemands n’avaient tué que des sur la Shoah a porté essentiellement sur les pays occidentaux, à commencer par l’Allemagne, et certains pays communistes d’Europe centrale et orientale, notamment la Pologne, où la plupart des camps nazis étaient situés. Mais l’URSS, jusqu’en 1991, était « hors champ ». Il était très difficile de s’y rendre, et plus encore d’y mener une enquête à caractère historique. En outre, le concept même d’un Holocauste ou d’une Shoah, c’est-à-dire d’un génocide des juifs, n’y avait pas cours : officiellement, les « fascistes » n'avaient tué que des « citoyens soviétiques ». Résultat : beaucoup de choses restaient floues, ou étaient sous-estimées. On savait, en gros, que Himmler avait envoyé dans les territoires soviétiques occupés des unités mobiles chargées de l’extermination des juifs, les fameux Einsatzgruppen. On évaluait les victimes de ces opérations – au fusil et à la mitrailleuse, d’où le nom de « Shoah par balles » - à quelques centaines de milliers de personnes, un million au plus. On avait répertorié les sites des massacres, et l’on disposait parfois de photos terrifiantes prises sur lors de certaines exécutions. C’était apparemment beaucoup. Mais c’était en fait très incomplet par rapport aux connaissances dont on disposait sur la Shoah à l’Ouest.
Les Soviétiques avaient pourtant fait une enquête de terrain dès 1944 ?
Oui. Au fur et à mesure où ils reprenaient le contrôle des régions conquises par les Allemands en 1941 et en 1942, les Soviétiques constataient la disparition de populations civiles, découvraient des charniers, recueillaient des témoignages. De nombreux rapports ont alors été établis. Ils ont été utilisés au procès de Nuremberg ou en vue de la rédaction d’un document d’ensemble soviétique sur les crimes nazis, le Livre Noir. Mais ensuite, ils sont tombés dans l’oubli. Staline et ses successeurs les ont retirés de la circulation parce qu’ils allaient à l’encontre de la thèse officielle de massacres « antisoviétiques ». Les historiens occidentaux ont cessé de les utiliser parce qu’ils craignaient des falsifications du KGB, comme cela s’était produit dans le cas du massacre de Katyn. Aujourd’hui, avec le recul et compte tenu de l’on découvre en Ukraine, les rapports soviétiques initiaux suscitent à nouveau beaucoup d’intérêt. 80 % au moins de leur contenu semble avoir été vérifié.
Comment enquêtez-vous ?
Je travaille avec une équipe de onze personnes, toujours les mêmes. En moyenne, nous effectuons cinq voyages par an. Chacun de ces voyages dure une quinzaine de jours. Jamais plus, car le stress physique et moral est considérable. Presque rien n’a changé en Ukraine depuis la fin de la guerre. Imaginez une campagne immense, des routes à peine carrossables, des conditions de vie primitives, des habitations dépourvues de tout confort moderne, une paysannerie qui n’a pas encore très bien compris sous quel régime elle vivait aujourd’hui, des tensions toujours présentes entre ceux qui étaient restés fidèles à l’URSS en 1941 et ceux qui s’étaient ralliés aux Allemands. Imaginez un pays sans panneaux indicateurs, sans cartes fiables, où la plupart des gens ne savent même pas le nom de villages distants d’une dizaine de kilomètres. Nous arrivons sans prévenir, afin que personne n’ait eu le temps d’exercer des pressions sur les témoins éventuels. Les prêtres locaux, catholiques, uniates ou orthodoxes selon les régions, sont en général notre premier contact. Ils font savoir qu’un prêtre français et son équipe veulent rencontrer des personnes ayant assisté au massacre des juifs ou ayant reçu des informations à ce sujet. Cela rassure : l’essentiel, pour ces populations, est que nous n’appartenions pas « au KGB », ou à ce qui a pu lui succéder. Une fois ce point acquis, les gens viennent nous parler ou nous indiquent qui pourrait parler. Très simplement, sans difficulté. Nous photographions les personnes, nous filmons l’entretien. En fonction de ce qu’on nous a dit, nous localisons le site véritable des massacres, et donc des fosses communes, qui n’est souvent pas celui où l’on a érigé un monument ou une stèle à l’époque soviétique. Nous y cherchons d’autres indices : les douilles des tireurs allemands, par exemple. Et nous les trouvons. Notre but est de réunir, sur chaque massacre, le maximum de preuves tangibles et convergentes.
Qui finance vos voyages ? Qui assure le contrôle scientifique de vos enquêtes ?
Notre travail est placé sous l’égide de Yahad-In Unum (« Ensemble », en hébreu et en latin), une association judéo-chrétienne créée à cet effet. Nous bénéficions de l’appui de l’Eglise de France, du rabbin Singer du Congrès juif mondial, de la Fondation de la Mémoire de la Shoah (FMS), du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), du Musée national de la Shoah, du National Holocaust Memorial américain. Le suivi scientifique est assuré par ces mêmes institutions et par diverses universités. Les matériaux réunis au cours de nos enquêtes, qu’il s’agisse des enregistrements des témoignages personnels, des compte rendus de recherche sur le terrain ou d’objets, leur sont confiés.
Sur combien de sites avez-vous enquêté ?
Nous avons repéré 2400 sites en Ukraine et nous en avons étudié plus de 600. Plus nous avançons dans nos recherches, plus nous découvrons de nouveaux sites. Nous avons commencé à travailler en Transnistrie, dans l’ancienne Moldavie soviétique. A terme, nous voudrions couvrir également la Russie actuelle et la Biélorussie. Le temps presse. Les derniers témoins oculaires de la « Shoah par balles » ont entre soixante-dix et quatre-vingt-dix ans.
Qu’avez-vous appris de nouveau sur cette Shoah ?
Enormément de choses. D’abord, le modus operandi des massacres. Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les juifs qui ont creusé leurs propres fosses, mais les paysans, mobilisés pour l’occasion. Ce sont les paysans, également, qui ont transporté les juifs sur le lieu de l’exécution, dans leurs carrioles. Les enfants ukrainiens étaient requis pour trier les vêtements des juifs. D’autres paysans ou paysannes devaient préparer la nourriture pour les exécuteurs. Dans de nombreux cas, les massacres n’ont pas été effectués par les Allemands, mais par des supplétifs ukrainiens, sous la surveillance des Allemands. En d’autres termes, une grande partie de la population rurale ukrainienne a assisté au génocide et une petite partie y a participé. De même, il ressort des témoignages que nous avons recueillis que les forces allemandes régulières, et pas seulement les Einsatzgruppen, ont participé d’une façon ou d’une autre aux massacres, ne serait-ce qu’en coupant les routes pour empêcher les juifs de s’enfuir, ou y ont assisté. On est très loin d’un crime commis dans une semi-clandestinité.
Les Ukrainiens se sont-ils prêtés au génocide par antisémitisme ?
Il y a eu des cas où la population locale a tué les juifs avant même que les Allemands ne soient là. Il y a celui des supplétifs ukrainiens, ou des prisonniers de guerre engagés dans la Waffen SS, qui ont participé activement au génocide. Le reste de la population a effectué des taches matérielles sous la contrainte. Certaines familles ont tenté de sauver des juifs. S’ils étaient découvert, c’était la torture et la mort. On nous a rapporté le cas d’une famille qui avait caché un enfant juif. Le commandant nazi local ne s’est pas borné à la faire fusiller : les cadavres des membres de cette famille ont été dépecés, et chaque morceau a été planté à une entrée différente du village, pour l’exemple.
Autres découvertes ?
Une autre idée reçue, c’est que la « Shoah par balles » aurait été en quelque sorte une Shoah « improvisée », menée dans l’urgence et au milieu des combats, à la différence de l’extermination quasi-industrielle menée à l’Ouest. Nous avons découvert qu’il n’en était rien. Tout était planifié, organisé dans le moindre détail, exactement comme à l’Ouest. Les Allemands prenaient bien soin de vérifier sans cesse l’identité juive des personnes qui allaient être exécutées : si un non-juif se trouvait là par erreur, il était immédiatement libéré (nous avons rencontré des personnes passées par cette épreuve). Les cas « douteux » au regard de l’idéologie nazie – demi-juifs, ethnies dont l’origine juive n’était pas certaine – bénéficiaient de sursis. Les « actions » étaient menées selon un plan géographique précis : les Allemands commençaient par les zones les plus proches du front puis remontaient vers l’arrière. Ils recouraient à des ruses psychologiques pour s’assurer de la docilité des victimes : la plus courante étant de les convoquer pour une « évacuation vers la Palestine ». En définitive, la seule différence avec la Shoah occidentale, ce sont les méthodes, plus appropriées aux conditions locales et beaucoup moins coûteuses.
Vous pensez que le nombre total des victimes est plus élevé qu’on ne pensait jusqu’à présent ?
Certainement. Certains massacres n’ont pas été pris en considération. D’autres ont été sous-évalués. Nous pensons que le total des victimes de la Shoah va au-delà du chiffre de six millions.
Il y a eu des révoltes dans les ghettos, dans certains camps… Pas en Ukraine ?
Le problème ne se pose pas comme cela. En fait, la plupart des hommes juifs valides se sont battus : ils avaient rejoint l’Armée rouge ou formé des maquis à l’arrière des Allemands, les fameuses unités de « partisans ». C’est surtout le reste de la population juive qui a subi la « Shoah par balles » : les personnes âgées, les enfants, les femmes.
Que deviennent les sites des fosses communes, une fois que vous les localisez ?
Nous menons notre action conformément à la loi religieuse juive, en liaison avec la yéshivah du Rav Schlesinger, de Londres. A priori, il nous est interdit de déranger les morts dans leur sommeil, et donc de procéder à des exhumations ou à une éventuelle réinhumation. Mais nous avons été en mesure de rapporter des faits nouveaux, comme le pillage des fosses : plus de soixante ans après le massacre, il y a encore des gens qui cherchent des dents en or ou d’autres objets de ce type. Selon les autorités rabbiniques, cela peut rendre nécessaire de nouvelles mesures. A titre personnel, je souhaite que les sites soient délimités, érigés officiellement en lieux saints, préservés. Les Allemands sont en train de réensevelir leurs morts de la Seconde Guerre mondiale, y compris les SS, dans des cimetières militaires magnifiques, à travers toute l’Ukraine. Je n’ai rien a priori contre de tels cimetières. Mais il serait inacceptable que pendant ce temps, les restes des victimes s’enfoncent dans une boue anonyme.
© Michel Gurfinkiel et Le Journal des Communautés, 2007
lundi 26 mars 2007
LE GENOCIDE NAZI ET LES NEGATIONISTES
Le génocide nazi et les négationnistes
Bernard Comte
© Bernard Comte - Gilles Karmasyn 1996-2002 - Reproduction interdite sauf pour usage personnel -
No reproduction except for personal use only
Rappel historique: l'exterminationSommaire de l'articleL'entreprise négationniste: les thèses
II - L'ENTREPRISE NEGATIONNISTE
A - Les auteurs
Paul Rassinier (1906-1967)
Instituteur puis professeur d'histoire et géographie, il a été communiste puis socialiste, favorable à Munich puis résistant, arrêté en 1943 et déporté (Buchenwald, Dora).
Il publie Le mensonge d'Ulysse (1950), se lie à des milieux d'extrême-droite (cf M. Bardèche, Nuremberg ou la Terre promise 1948), et à Rivarol. Il nie le "prétendu génocide" ("la plus tragique et la plus macabre imposture de tous les temps"), qui s'explique par un complot juif international, et calcule (Le Drame des Juifs européens) que plus de 3 millions des prétendus exterminés ont survécu, cachés en Europe de l'Est, puis enfuis ailleurs17... Cf, Le véritable Procès Eichmann ou les Vainqueurs incorrigibles.
*
* *
Robert Faurisson
Universitaire18, spécialiste de littérature française, docteur d'Etat (A-t-on lu Lautréamont ? 1972), maître de conférences à Lyon II en 1973, auteur d'études critiques sur le texte de Rimbaud et sur celui des Chimères de Nerval. Ayant découvert Rassinier en 1960, il mène dans les années 1970 une "enquête" personnelle sur les chambres à gaz, conclut à leur non-existence. La presse fait connaître ces thèses en novembre 1978 (Le Matin, Libération). Le Monde publie (19 et 30 décembre 1978) un dossier qui s'ouvre sur un texte de R. Faurisson "Le problème des chambres à gaz ou la rumeur d'Auschwitz" auquel répondent plusieurs historiens. Emotion. Les enseignements de R. Faurisson sont suspendus, et il est mis à la disposition du Centre national de téléenseignement (mai 1979). Polémiques et procès en série.
R.F. publie Mémoire en défense contre ceux qui m'accusent de falsifier l'histoire (1980) puis Réponse à Pierre Vidal-Naquet (1982) après l'article de celui-ci "Un Eichmann de papier"19 (Esprit, septembre 1980), ainsi que de nombreux tracts et opuscules puis un périodique Annales d'histoire révisionniste (1987) aux éditions "La Vieille Taupe" de Pierre Guillaume20.
R.F sera condamné à Paris (juillet 1981) pour diffamation raciale, pour la phrase prononcée à Europe 1 le 16 décembre 1980, qui, dit-il, résume toute sa pensée :
« Les prétendues chambres à gaz hitlériennes et le prétendu génocide des Juifs forment un seul et même mensonge historique qui a permis une gigantesque escroquerie politico-financière, dont les principaux bénéficiaires sont l'État d'Israël et le sionisme international, et dont les principales victimes sont le peuple allemand -- mais non pas ses dirigeants et le peuple palestinien tout entier ».
Le "révisionnisme" de R.F. consiste essentiellement à nier l'existence de chambres à gaz homicides, en déclarant n'avoir pas trouvé le moindre commencement de preuve de leur existence, et en affirmant accessoirement « Hitler n'a jamais ordonné ni admis que quiconque fût tué en raison de sa race et de sa religion. Je ne cherche à outrager ni à réhabiliter personne »21.
Réponse lui a été faite aussitôt par F. Delpech, historien lyonnais (textes publiés dans Historiens et géographes, mai juin 1979 et Sur les Juifs, Presses Universitaires de Lyon, 1983), par G. Wellers, P. Vidal-Naquet et plus récemment M. Steinberg (voir Bibliographie).
*
* *
L'école "révisionniste"
Elle est soutenue en France par La Vieille Taupe, librairie "anarcho-marxiste" devenue favorable depuis 1970 aux thèses de Rassinier22 (par hostilité à la fois au stalinisme soviétique, au capitalisme occidental et au sionisme ?), qui publie également : Serge Thion, Vérité historique ou vérité politique ? Le dossier de l'affaire Faurisson23 (1980).
W. Stäglich, Le mythe d'Auschwitz,1986.
La thèse de doctorat d'Henri Roques24 sur les "Confessions" de Kurt Gerstein, soutenue à Nantes le 15 juin 1985 et annulée par le ministre Devaquet en juillet 198625, a été publiée par A. Chelain, Faut-il fusiller Henri Roques, Ogmios Diffusion26, Paris, 1986.
Grande activité en Grande-Bretagne et surtout aux Etats-Unis avec le périodique The Journal of historical Review27 (1980), les publications de A. Butz28 The Hoax of the Twentieth Century (1974) et de R. E. Harwood29 "Did Six Millions really die ?" (Historical Review press, Richmond). Elle tient congrès à Los Angeles régulièrement depuis 197930.
Notes.
17. Nous consacrons, sur PHDN, une section entière à Rassinier: http://www.phdn.org/negation/rassinier/. Pour une étude détaillée des mensonges et des délires de Paul Rassinier et de son parcours, voir Florent Brayard, Comment l'idée vint à M. Rassinier, Fayard, 1996. On pourra également, dans un premier temps, se reporter à la notice biographique que lui consacre Nadine Fresco dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, publié sous la direction de Jean Maitron, Les Éditions Ouvrières, 1991, pp. 394-395; sur le web: http://www.anti-rev.org/textes/Fresco91a/. Pour une étude exemplaire du destin de Rassinier, et de la façon dont il l'a falsifié dans ses récits, voir Nadine Fresco, Fabrication d'un antisémite, Seuil, 1999.
18. Nous consacrons, sur PHDN, une section entière à Faurisson. Sur Faurisson et sa « méthode », voir notamment Nadine Fresco, « Les redresseurs de morts », Les Temps Modernes n° 407, juin 1980; sur le web: http://www.anti-rev.org/textes/Fresco80a/. On rappellera ici néanmoins que, contrairement à ce qu'avancent régulièrement d'autres négationnistes, Faurisson, grand défenseur des pamphlets antisémites de Céline, n'est plus (s'il le fut jamais), un homme de gauche depuis au moins 35 ans, et qu'il fréquente assidûment depuis longtemps les chefs des groupes hitlériens et les rescapés du national-socialisme historique. Voir Jean-Yves Camus et René Monzat, Les droites nationales et radicales en France, Presses universitaires de Lyon, 1992, p. 21, 82-83.
19. Publié également dans Pierre Vidal-Naquet, Les assassins de la mémoire, Seuil, Points Essais,1987.
20. Issu de l'« ultra-gauche », Pierre Guillaume, établit depuis longtemps sa table de vente dans toutes les manifestations d'extrême droite, milieu dans lequel il finit par évoluer exclusivement. Voir Jean-Yves Camus et René Monzat, Les droites nationales et radicales en France, op. cit., p. 84-85.
21. Il est fait justice de telles aberrations dans l'ouvrage de Gerald Fleming, Hitler et la solution finale, traduit par Catherine Aragon, Juillard, 1988. Voir notamment les propres déclarations d'intentions de Hitler sur ce sujet: http://www.phdn.org/negation/documents/volonte.html#hitler.
22. Pour comprendre quel chemin pas si tortueux que ça a pu ammener quelques ultra-gauchistes au négationnisme, voir Nadine Fresco, « Parcours du ressentiment », Lignes n° 2, février 1988. Voir aussi Alain Finkielkraut, L'avenir d'une négation, Éd. du Seuil, 1982. Pour comprendre à quel genre d'« allumés » on a affaire avec les membres "ultra-gauchistes" de la secte négationniste, il faut réaliser que l'une de leur motivation pour rejeter fanatiquement le Génocide, est que celui-ci ne rentre pas dans la grille de lecture marxiste: « Le révisionnisme rejette à la fois l'idée et le fait du génocide comme impossibilités matérielles parce que le génocide est surtout une imposssibilité idéologique. », Revue d'Histoire(sic) révisionniste, n°1, p. 39. Autrement dit : c'est impossible parce que c'est impossible...
23. Serge Thion, vient lui aussi de la nébuleuse Vieille Taupe, mais surtout de l'anticolonialisme féroce. Cela l'a conduit à un antisionnisme encore plus féroce, d'où il a basculé dans un antisémitisme et un négationnisme fanatiques. Il est néanmoins le plus "policé" et le plus intelligent, c'est-à-dire le plus pervers des négationnistes. Le titre de son ouvrage reprend explicitement celui d'une tournée de conférences effectuée en Allemagne par Rassinier en 1960 devant des parterres d'anciens nazis. Voir Florent Brayard, Comment l'idée vint à M. Rassinier, op. cit., pp. 281.
24. Henri Roques est un pilier de l'extrême droite française: il fut secrétaire général de la Phalange française, un mouvement néo-fasciste (1955-1958), il a participé (1956) au meeting inaugural de la Deutsche Soziale Union, fondée par Otto Strasser qui fut pendant 10 ans un compagnon de Hitler au sein du parti nazi, etc. Voir Jean-Yves Camus et René Monzat, Les droites nationales et radicales en France, op. cit., pp. 96-97.
25. Concernant tant la forme que le fond de cette "thèse" (en lettres!) et de sa scandaleuse soutenance, voir le percutant et indispensable ouvrage de Pierre Bridonneau, Oui, il faut parler des négationnistes, Cerf, 1997.
26. Ogmios, à la fois librairie (à l'époque) et équipe de militants est « proche à la fois des néo-nazis et des anciens SS et de la Nouvelle Droite ». « D'emblée la librairie se spécialisa dans les écrits nationaux-socialistes et antisémites » écrivent René Monzat et Jean-Yves Camus dans Les droites nationales et radicales en France, op. cit., p. 452.
27. Il s'agit de la revue trimestrielle de l'Institute for Historical Review (IHR) « sorte de QG de l'internationale "révisionniste" tenu par des individus qui tentent d'expliquer à leurs concitoyens que les USA ont été impliqués dans deux guerres mondiales à cause des banquiers juifs, des francs-maçons et des communistes [...] Y foisonnent les signatures d'anciens SS et de militants d'extrême droite. »: Thierry Maricourt, Les nouvelles passerelles de l'extrême droite, Éditions Syllepse, 1997, p. 114. Voir aussi, Deborah Lipstadt, Denying the Holocaust,, Plume, 1994, pp. 137-156. Ou encore http://www.phdn.org/negation/faurisson/ihr.html
28. Sur Butz, professeur en ingénierie électrique, voir Deborah Lipstadt, Denying the Holocaust,, Plume, 1994, pp. 123-136.
29. Richard Harwood est un pseudonyme de Richard Verral, rédacteur en chef de Spearhead, organe du très britannique, très raciste, très antisémite et tout à fait néo-fasciste National Front. Affilié à plusieurs groupuscules de défense de la "pureté raciale", il a déclaré publiquement que le génocide faisait partie de l'ensemble de la propagande juive, que l'on vivait sous domination juive, etc. De surcroit il a menti sur ses affilations universitaires. Voir Deborah Lipstadt, Denying the Holocaust,, Plume, 1994, pp. 104-107, 110. Notons que bien que les affirmations d'Harwood aient été réfutées formellement en 1979 (New Statesman, Nov, 2 1979, p. 670), ses écrits n'en continuent pas moins à être cités parce qu'il leur a donné l'apparence d'un travail universitaire. Ce genre de travestissement est devenu par la suite systématique chez les négationnistes. Revues aux jaquettes élégantes, éditions soignées, notes de bas de page, etc. Mais il s'agit toujours du même contenu tissé de falsifications négationistes.
30. Faurisson est évidemment un assidu de ces "congrès" organisés par l'IHR, devant un public principalement néo-nazi...
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Bernard Comte
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Rappel historique: l'exterminationSommaire de l'articleL'entreprise négationniste: les thèses
II - L'ENTREPRISE NEGATIONNISTE
A - Les auteurs
Paul Rassinier (1906-1967)
Instituteur puis professeur d'histoire et géographie, il a été communiste puis socialiste, favorable à Munich puis résistant, arrêté en 1943 et déporté (Buchenwald, Dora).
Il publie Le mensonge d'Ulysse (1950), se lie à des milieux d'extrême-droite (cf M. Bardèche, Nuremberg ou la Terre promise 1948), et à Rivarol. Il nie le "prétendu génocide" ("la plus tragique et la plus macabre imposture de tous les temps"), qui s'explique par un complot juif international, et calcule (Le Drame des Juifs européens) que plus de 3 millions des prétendus exterminés ont survécu, cachés en Europe de l'Est, puis enfuis ailleurs17... Cf, Le véritable Procès Eichmann ou les Vainqueurs incorrigibles.
*
* *
Robert Faurisson
Universitaire18, spécialiste de littérature française, docteur d'Etat (A-t-on lu Lautréamont ? 1972), maître de conférences à Lyon II en 1973, auteur d'études critiques sur le texte de Rimbaud et sur celui des Chimères de Nerval. Ayant découvert Rassinier en 1960, il mène dans les années 1970 une "enquête" personnelle sur les chambres à gaz, conclut à leur non-existence. La presse fait connaître ces thèses en novembre 1978 (Le Matin, Libération). Le Monde publie (19 et 30 décembre 1978) un dossier qui s'ouvre sur un texte de R. Faurisson "Le problème des chambres à gaz ou la rumeur d'Auschwitz" auquel répondent plusieurs historiens. Emotion. Les enseignements de R. Faurisson sont suspendus, et il est mis à la disposition du Centre national de téléenseignement (mai 1979). Polémiques et procès en série.
R.F. publie Mémoire en défense contre ceux qui m'accusent de falsifier l'histoire (1980) puis Réponse à Pierre Vidal-Naquet (1982) après l'article de celui-ci "Un Eichmann de papier"19 (Esprit, septembre 1980), ainsi que de nombreux tracts et opuscules puis un périodique Annales d'histoire révisionniste (1987) aux éditions "La Vieille Taupe" de Pierre Guillaume20.
R.F sera condamné à Paris (juillet 1981) pour diffamation raciale, pour la phrase prononcée à Europe 1 le 16 décembre 1980, qui, dit-il, résume toute sa pensée :
« Les prétendues chambres à gaz hitlériennes et le prétendu génocide des Juifs forment un seul et même mensonge historique qui a permis une gigantesque escroquerie politico-financière, dont les principaux bénéficiaires sont l'État d'Israël et le sionisme international, et dont les principales victimes sont le peuple allemand -- mais non pas ses dirigeants et le peuple palestinien tout entier ».
Le "révisionnisme" de R.F. consiste essentiellement à nier l'existence de chambres à gaz homicides, en déclarant n'avoir pas trouvé le moindre commencement de preuve de leur existence, et en affirmant accessoirement « Hitler n'a jamais ordonné ni admis que quiconque fût tué en raison de sa race et de sa religion. Je ne cherche à outrager ni à réhabiliter personne »21.
Réponse lui a été faite aussitôt par F. Delpech, historien lyonnais (textes publiés dans Historiens et géographes, mai juin 1979 et Sur les Juifs, Presses Universitaires de Lyon, 1983), par G. Wellers, P. Vidal-Naquet et plus récemment M. Steinberg (voir Bibliographie).
*
* *
L'école "révisionniste"
Elle est soutenue en France par La Vieille Taupe, librairie "anarcho-marxiste" devenue favorable depuis 1970 aux thèses de Rassinier22 (par hostilité à la fois au stalinisme soviétique, au capitalisme occidental et au sionisme ?), qui publie également : Serge Thion, Vérité historique ou vérité politique ? Le dossier de l'affaire Faurisson23 (1980).
W. Stäglich, Le mythe d'Auschwitz,1986.
La thèse de doctorat d'Henri Roques24 sur les "Confessions" de Kurt Gerstein, soutenue à Nantes le 15 juin 1985 et annulée par le ministre Devaquet en juillet 198625, a été publiée par A. Chelain, Faut-il fusiller Henri Roques, Ogmios Diffusion26, Paris, 1986.
Grande activité en Grande-Bretagne et surtout aux Etats-Unis avec le périodique The Journal of historical Review27 (1980), les publications de A. Butz28 The Hoax of the Twentieth Century (1974) et de R. E. Harwood29 "Did Six Millions really die ?" (Historical Review press, Richmond). Elle tient congrès à Los Angeles régulièrement depuis 197930.
Notes.
17. Nous consacrons, sur PHDN, une section entière à Rassinier: http://www.phdn.org/negation/rassinier/. Pour une étude détaillée des mensonges et des délires de Paul Rassinier et de son parcours, voir Florent Brayard, Comment l'idée vint à M. Rassinier, Fayard, 1996. On pourra également, dans un premier temps, se reporter à la notice biographique que lui consacre Nadine Fresco dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, publié sous la direction de Jean Maitron, Les Éditions Ouvrières, 1991, pp. 394-395; sur le web: http://www.anti-rev.org/textes/Fresco91a/. Pour une étude exemplaire du destin de Rassinier, et de la façon dont il l'a falsifié dans ses récits, voir Nadine Fresco, Fabrication d'un antisémite, Seuil, 1999.
18. Nous consacrons, sur PHDN, une section entière à Faurisson. Sur Faurisson et sa « méthode », voir notamment Nadine Fresco, « Les redresseurs de morts », Les Temps Modernes n° 407, juin 1980; sur le web: http://www.anti-rev.org/textes/Fresco80a/. On rappellera ici néanmoins que, contrairement à ce qu'avancent régulièrement d'autres négationnistes, Faurisson, grand défenseur des pamphlets antisémites de Céline, n'est plus (s'il le fut jamais), un homme de gauche depuis au moins 35 ans, et qu'il fréquente assidûment depuis longtemps les chefs des groupes hitlériens et les rescapés du national-socialisme historique. Voir Jean-Yves Camus et René Monzat, Les droites nationales et radicales en France, Presses universitaires de Lyon, 1992, p. 21, 82-83.
19. Publié également dans Pierre Vidal-Naquet, Les assassins de la mémoire, Seuil, Points Essais,1987.
20. Issu de l'« ultra-gauche », Pierre Guillaume, établit depuis longtemps sa table de vente dans toutes les manifestations d'extrême droite, milieu dans lequel il finit par évoluer exclusivement. Voir Jean-Yves Camus et René Monzat, Les droites nationales et radicales en France, op. cit., p. 84-85.
21. Il est fait justice de telles aberrations dans l'ouvrage de Gerald Fleming, Hitler et la solution finale, traduit par Catherine Aragon, Juillard, 1988. Voir notamment les propres déclarations d'intentions de Hitler sur ce sujet: http://www.phdn.org/negation/documents/volonte.html#hitler.
22. Pour comprendre quel chemin pas si tortueux que ça a pu ammener quelques ultra-gauchistes au négationnisme, voir Nadine Fresco, « Parcours du ressentiment », Lignes n° 2, février 1988. Voir aussi Alain Finkielkraut, L'avenir d'une négation, Éd. du Seuil, 1982. Pour comprendre à quel genre d'« allumés » on a affaire avec les membres "ultra-gauchistes" de la secte négationniste, il faut réaliser que l'une de leur motivation pour rejeter fanatiquement le Génocide, est que celui-ci ne rentre pas dans la grille de lecture marxiste: « Le révisionnisme rejette à la fois l'idée et le fait du génocide comme impossibilités matérielles parce que le génocide est surtout une imposssibilité idéologique. », Revue d'Histoire(sic) révisionniste, n°1, p. 39. Autrement dit : c'est impossible parce que c'est impossible...
23. Serge Thion, vient lui aussi de la nébuleuse Vieille Taupe, mais surtout de l'anticolonialisme féroce. Cela l'a conduit à un antisionnisme encore plus féroce, d'où il a basculé dans un antisémitisme et un négationnisme fanatiques. Il est néanmoins le plus "policé" et le plus intelligent, c'est-à-dire le plus pervers des négationnistes. Le titre de son ouvrage reprend explicitement celui d'une tournée de conférences effectuée en Allemagne par Rassinier en 1960 devant des parterres d'anciens nazis. Voir Florent Brayard, Comment l'idée vint à M. Rassinier, op. cit., pp. 281.
24. Henri Roques est un pilier de l'extrême droite française: il fut secrétaire général de la Phalange française, un mouvement néo-fasciste (1955-1958), il a participé (1956) au meeting inaugural de la Deutsche Soziale Union, fondée par Otto Strasser qui fut pendant 10 ans un compagnon de Hitler au sein du parti nazi, etc. Voir Jean-Yves Camus et René Monzat, Les droites nationales et radicales en France, op. cit., pp. 96-97.
25. Concernant tant la forme que le fond de cette "thèse" (en lettres!) et de sa scandaleuse soutenance, voir le percutant et indispensable ouvrage de Pierre Bridonneau, Oui, il faut parler des négationnistes, Cerf, 1997.
26. Ogmios, à la fois librairie (à l'époque) et équipe de militants est « proche à la fois des néo-nazis et des anciens SS et de la Nouvelle Droite ». « D'emblée la librairie se spécialisa dans les écrits nationaux-socialistes et antisémites » écrivent René Monzat et Jean-Yves Camus dans Les droites nationales et radicales en France, op. cit., p. 452.
27. Il s'agit de la revue trimestrielle de l'Institute for Historical Review (IHR) « sorte de QG de l'internationale "révisionniste" tenu par des individus qui tentent d'expliquer à leurs concitoyens que les USA ont été impliqués dans deux guerres mondiales à cause des banquiers juifs, des francs-maçons et des communistes [...] Y foisonnent les signatures d'anciens SS et de militants d'extrême droite. »: Thierry Maricourt, Les nouvelles passerelles de l'extrême droite, Éditions Syllepse, 1997, p. 114. Voir aussi, Deborah Lipstadt, Denying the Holocaust,, Plume, 1994, pp. 137-156. Ou encore http://www.phdn.org/negation/faurisson/ihr.html
28. Sur Butz, professeur en ingénierie électrique, voir Deborah Lipstadt, Denying the Holocaust,, Plume, 1994, pp. 123-136.
29. Richard Harwood est un pseudonyme de Richard Verral, rédacteur en chef de Spearhead, organe du très britannique, très raciste, très antisémite et tout à fait néo-fasciste National Front. Affilié à plusieurs groupuscules de défense de la "pureté raciale", il a déclaré publiquement que le génocide faisait partie de l'ensemble de la propagande juive, que l'on vivait sous domination juive, etc. De surcroit il a menti sur ses affilations universitaires. Voir Deborah Lipstadt, Denying the Holocaust,, Plume, 1994, pp. 104-107, 110. Notons que bien que les affirmations d'Harwood aient été réfutées formellement en 1979 (New Statesman, Nov, 2 1979, p. 670), ses écrits n'en continuent pas moins à être cités parce qu'il leur a donné l'apparence d'un travail universitaire. Ce genre de travestissement est devenu par la suite systématique chez les négationnistes. Revues aux jaquettes élégantes, éditions soignées, notes de bas de page, etc. Mais il s'agit toujours du même contenu tissé de falsifications négationistes.
30. Faurisson est évidemment un assidu de ces "congrès" organisés par l'IHR, devant un public principalement néo-nazi...
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LE NEGATIONISME SUR INTERNET
Le Négationnisme sur Internet
Genèse, stratégies, antidotes
Par Gilles Karmasyn,
en collaboration avec Gérard Panczer et Michel Fingerhut
Revue d'histoire de la Shoah, no 170, sept-déc. 2000
© Revue d'histoire de la Shoah - Gilles Karmasyn 2000 - Reproduction interdite sauf pour usage personnel - No reproduction except for personal use only
Les forums francophonesSommaire de l'articleLes sites web négationnistes
6. Premiers sites web racistes
Le World Wide Web: enjeu et instrument privilégié de la propagande négationniste.
Le World Wide Web est devenu pour beaucoup un synonyme d'Internet. L'« explosion » du Web date de 1994-1995. Dès lors, on voit apparaître, comme des champignons après la pluie, un nombre croissant de sites extrémistes émanant d'individus, de groupuscules ou d'associations, dont la propagande trouve ainsi son principal mode de diffusion publique et de visibilité. D'abord aux États-Unis et principalement nationalistes et racistes (suprémacistes blancs76 principalement, et incidemment antisémites), ils s'étendent à d'autres pays (Canada, Europe du Nord) sous couvert de liberté d'expression, nourris de « mythes aryens » à tendance plus antisémite, négationniste et philo-germanique, puis servent d'asile à des courants de pensée amis dans leur racisme (et parfois à l'opposée sur l'éventail politique), venant de pays dans lesquels des lois interdisent ce genre d'expression, principalement de France et d'Allemagne.
Le premier site web ouvertement néo-nazi, et aujourd'hui encore l'un des principaux, apparaît en mars 1995, celui du Stormfront, fondé par Don Black77, un ancien dirigeant du Ku Klux Klan. Le design graphique en évoque ouvertement la symbolique nazie. Le contenu également, qui vise à la « préservation de la race blanche ». Dialectique nazie, mais aussi rubriques négationnistes sont au programme78. Depuis, tous les extrémismes ont leurs sites web. Si le nombre exact de tel sites, qui n'est pas la meilleure mesure de leur impact, est difficile à connaître avec précision, il se monte sans doute à plusieurs centaines, voire un peu plus d'un millier79. Certaines catégories nous intéressent ici plus particulièrement.
Sites nationalistes, skinheads, néo-nazis...
Ils représentent la grande majorité des sites extrémistes. S'ils comprennent assez souvent des éléments antisémites (la plupart du temps de tendance pathologiquement paranoïaque80) et négationnistes, ils se contentent le plus souvent de renvoyer, par des liens, aux sites web spécifiquement négationnistes81. On évitera ici de dresser un bestiaire de ces sites en majorité anglo-saxons, pour cependant nous intéresser à leur composante francophone.
On trouve peu de sites nationalistes franco-français, et la plupart sont assez discrets et réservés, quand bien même ils sont situés hors du territoire français. Par un détournement de vocabulaire, ils qualifient de « génocide européen », « génocide volontairement caché » et « ethnocide82 » la baisse de natalité en France, voire l'immigration83. Le « devoir de mémoire84 » s'applique à « la liste des méfaits perpétrés par Israël à l'encontre du peuple palestinien », etc.
Un réseau créé par le référencement mutuel de sites de ce type relie ainsi d'autres groupes d'extrême droite français ou francophones présents sur l'Internet, parmi lesques on citera: Le libre journal de la France courtoise, de Serge de Beketch; Le Flambeau, organe du PNFE, Terre et peuple, le site de l'idéologue néo-païen Pierre Vial85, Le site des résistants au Nouvel Ordre Mondial86, Devenir, revue nationaliste-révolutionnaire (belge) d'information et de formation, antisioniste et ouvertement, Unité Radicale, de mouvance « nationale révolutionnaire, particulièrement venimeux et volumineux, et enfin Fraction Hard-Core Identitaire.
Ce dernier groupe, fondé en 1994 à Nice, est composé de cinq musiciens de « rock hard core, death, black metal » et nationaliste, et se définit ainsi: « Aux confins du nouvel ordre mondial, dominé par le lobby américano-sioniste, une fraction d'insoumis s'est regroupée derrière l'étendard identitaire. Renégats du système, ils ont engagé une lutte sans merci contre ses plus fidèles serviteurs. [...] Nos principales références restent toutefois Sorel, Blanqui, Drieu la Rochelle, Jûnger, les frères Strasser sans oublier Che Guevara et le sous-commandant Marcos ».
On peut les rapprocher des groupes carrément violents, notamment les CHS (Charlemagne HammerSkins), groupuscule français skinhead violent, raciste, antisémite et négationniste, ayant des liens avec des mouvements similaires en Grande Bretagne et ailleurs en Europe. Ils avaient ouvert un site chez AOL en France, rapidement supprimé mais qui avait mis en émoi certains grands magazines et laissé indifférent d'autres journaux, site transféré ultérieurement au Canada sur le serveur fédératif de Bernard W. Klatt, fermé depuis.
Quant au Front National français, qui possède son propre site Web87, il se garde bien d'avoir un discours ouvertement raciste ou négationniste, mais est référencé par les principaux serveurs de ce type dans leurs rubriques de serveurs « nazis, racistes et révisionnistes » et y est qualifié de « national-socialiste »88...
Notes.
76. Avec, principalement, Stormfront, fondé par Don Black, ex dirigeant du Ku-Klux-Klan.
77. Sur Don Black, voir Poisoning the Web: Hatred Online, ADL, 1999, http://www.adl.org/frames/front_poisoning.html
78. Voir Robert Derumes, « Racisme : la bête rode sur Internet », Le Ligueur, 7 février 1996. http://www.euronet.be/altho/ligueur.htm
79. Pour Kenneth Stern, leur nombre se situait, début 1998, entre 600 et 800. Kenneth S. Stern, Hate on the Internet, ADL, 1999, chap 2. Voir:http:// www.ajc.org/pre/internet2.htm. On peut considérer que ce nombre a aujourd'hui dépassé le millier.
80. La grande majorité des sites exhibant de l'antisémitisme, mais c'est vrai aussi pour les sites négationnistes, le font via l'idéologie « ZOG » (Zionist Occupation Government), qui n'est qu'une resucée modernisée des Protocoles des Sages de Sion. Dans le cadre du shéma « ZOG », les gouvernements sont secrètement contrôlés par les Juifs, pour lesquels l'immigration est une arme stratégique juive contre la race aryenne. Toutes les variantes sont imaginables... Voir notamment Tore Bjorgo, « Extreme Nationalism and Violent Discourses in Scandinavia: 'The Resistance', 'Traitors', and 'Foreign Invaders' », Terror from the Extreme Right, sous la direction de Tore Bjorgo, Frank Cass, 1995, p. 196-200 et p. 207-209. Le site de la National Alliance, important groupe néo-nazi américain propose des textes intitulés « les nouveaux protocoles », « pourquoi les Juifs veulent la guerre », et d'autres de la même eau.
81. C'est le cas du site de Nation of Europa, qui au milieu des habituelles ratiocinations ultra-nationalistes et racistes, propose une interview d'un négationniste, un texte intitulé « Auschwitz: a reevaluation » et des liens vers des sites web négationnistes. Le site Ostara (sic), principalement raciste et antisémite (nombreux textes sur les « meurtres rituels juifs »), propose une section négationniste, ainsi que des liens. Le même shéma se répète sur la plupart des sites web nationalistes et racistes.
82. Occident, le site de la jeunesse enracinée, hébergé aux USA.
83. Ce genre de propos a des relents fortement négationnistes, par sa « désémentisation » des mots et par ses origines. Voir Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France, Seuil, 2000, p.178 et 323.
84. Occident, le site de la jeunesse enracinée.
85. Pilier de la « nouvelle droite » et frontiste passé chez Mégret, Pierre Vial fonde son idéologie sur des concepts implicitement nazis: « un peuple et sa terre ne font qu'un, [qu'] un lien vital unit le sol et le sang » (Pierre Vial, « 27 juillet 1214: Bouvines », National Hebdo, n° 52, 21 septembre 1994, cité par Jacques Breitenstein, « Les étranges leçons d'histoire du professeur Vial », Mauvais temps, n° 1, juin, 1998, p. 88)
86. Hébergeant Unité Radicale, « créé en 1998 par l'alliance du GUD, de Jeune Résistance et de l'Union des Cercles Résistance », elle-même « créée en septembre 1997 par d'anciens membres du mouvement nationaliste révolutionnaire, Nouvelle Résistance, qui avaient été rejoints par des cadres et militants d'autres mouvements nationalistes français ».
87. Hébergé dès son ouverture par Voxtel, éditeur de serveurs Minitel rose, tels que Myss, Pulp, Rika ou Sevra, et récemment réinstallé aux États-Unis, chez Hiway Technologies. Pour un parti qui prône la moralité et s'oppose à l'américanisation...
88. Chez Flashback, en Suède. Le site du FN figure également sur la page de liens du site négationniste « Wilhelm Tell », parmi une longue liste de sites web négationnistes...
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07/07/2001
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Genèse, stratégies, antidotes
Par Gilles Karmasyn,
en collaboration avec Gérard Panczer et Michel Fingerhut
Revue d'histoire de la Shoah, no 170, sept-déc. 2000
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6. Premiers sites web racistes
Le World Wide Web: enjeu et instrument privilégié de la propagande négationniste.
Le World Wide Web est devenu pour beaucoup un synonyme d'Internet. L'« explosion » du Web date de 1994-1995. Dès lors, on voit apparaître, comme des champignons après la pluie, un nombre croissant de sites extrémistes émanant d'individus, de groupuscules ou d'associations, dont la propagande trouve ainsi son principal mode de diffusion publique et de visibilité. D'abord aux États-Unis et principalement nationalistes et racistes (suprémacistes blancs76 principalement, et incidemment antisémites), ils s'étendent à d'autres pays (Canada, Europe du Nord) sous couvert de liberté d'expression, nourris de « mythes aryens » à tendance plus antisémite, négationniste et philo-germanique, puis servent d'asile à des courants de pensée amis dans leur racisme (et parfois à l'opposée sur l'éventail politique), venant de pays dans lesquels des lois interdisent ce genre d'expression, principalement de France et d'Allemagne.
Le premier site web ouvertement néo-nazi, et aujourd'hui encore l'un des principaux, apparaît en mars 1995, celui du Stormfront, fondé par Don Black77, un ancien dirigeant du Ku Klux Klan. Le design graphique en évoque ouvertement la symbolique nazie. Le contenu également, qui vise à la « préservation de la race blanche ». Dialectique nazie, mais aussi rubriques négationnistes sont au programme78. Depuis, tous les extrémismes ont leurs sites web. Si le nombre exact de tel sites, qui n'est pas la meilleure mesure de leur impact, est difficile à connaître avec précision, il se monte sans doute à plusieurs centaines, voire un peu plus d'un millier79. Certaines catégories nous intéressent ici plus particulièrement.
Sites nationalistes, skinheads, néo-nazis...
Ils représentent la grande majorité des sites extrémistes. S'ils comprennent assez souvent des éléments antisémites (la plupart du temps de tendance pathologiquement paranoïaque80) et négationnistes, ils se contentent le plus souvent de renvoyer, par des liens, aux sites web spécifiquement négationnistes81. On évitera ici de dresser un bestiaire de ces sites en majorité anglo-saxons, pour cependant nous intéresser à leur composante francophone.
On trouve peu de sites nationalistes franco-français, et la plupart sont assez discrets et réservés, quand bien même ils sont situés hors du territoire français. Par un détournement de vocabulaire, ils qualifient de « génocide européen », « génocide volontairement caché » et « ethnocide82 » la baisse de natalité en France, voire l'immigration83. Le « devoir de mémoire84 » s'applique à « la liste des méfaits perpétrés par Israël à l'encontre du peuple palestinien », etc.
Un réseau créé par le référencement mutuel de sites de ce type relie ainsi d'autres groupes d'extrême droite français ou francophones présents sur l'Internet, parmi lesques on citera: Le libre journal de la France courtoise, de Serge de Beketch; Le Flambeau, organe du PNFE, Terre et peuple, le site de l'idéologue néo-païen Pierre Vial85, Le site des résistants au Nouvel Ordre Mondial86, Devenir, revue nationaliste-révolutionnaire (belge) d'information et de formation, antisioniste et ouvertement, Unité Radicale, de mouvance « nationale révolutionnaire, particulièrement venimeux et volumineux, et enfin Fraction Hard-Core Identitaire.
Ce dernier groupe, fondé en 1994 à Nice, est composé de cinq musiciens de « rock hard core, death, black metal » et nationaliste, et se définit ainsi: « Aux confins du nouvel ordre mondial, dominé par le lobby américano-sioniste, une fraction d'insoumis s'est regroupée derrière l'étendard identitaire. Renégats du système, ils ont engagé une lutte sans merci contre ses plus fidèles serviteurs. [...] Nos principales références restent toutefois Sorel, Blanqui, Drieu la Rochelle, Jûnger, les frères Strasser sans oublier Che Guevara et le sous-commandant Marcos ».
On peut les rapprocher des groupes carrément violents, notamment les CHS (Charlemagne HammerSkins), groupuscule français skinhead violent, raciste, antisémite et négationniste, ayant des liens avec des mouvements similaires en Grande Bretagne et ailleurs en Europe. Ils avaient ouvert un site chez AOL en France, rapidement supprimé mais qui avait mis en émoi certains grands magazines et laissé indifférent d'autres journaux, site transféré ultérieurement au Canada sur le serveur fédératif de Bernard W. Klatt, fermé depuis.
Quant au Front National français, qui possède son propre site Web87, il se garde bien d'avoir un discours ouvertement raciste ou négationniste, mais est référencé par les principaux serveurs de ce type dans leurs rubriques de serveurs « nazis, racistes et révisionnistes » et y est qualifié de « national-socialiste »88...
Notes.
76. Avec, principalement, Stormfront, fondé par Don Black, ex dirigeant du Ku-Klux-Klan.
77. Sur Don Black, voir Poisoning the Web: Hatred Online, ADL, 1999, http://www.adl.org/frames/front_poisoning.html
78. Voir Robert Derumes, « Racisme : la bête rode sur Internet », Le Ligueur, 7 février 1996. http://www.euronet.be/altho/ligueur.htm
79. Pour Kenneth Stern, leur nombre se situait, début 1998, entre 600 et 800. Kenneth S. Stern, Hate on the Internet, ADL, 1999, chap 2. Voir:http:// www.ajc.org/pre/internet2.htm. On peut considérer que ce nombre a aujourd'hui dépassé le millier.
80. La grande majorité des sites exhibant de l'antisémitisme, mais c'est vrai aussi pour les sites négationnistes, le font via l'idéologie « ZOG » (Zionist Occupation Government), qui n'est qu'une resucée modernisée des Protocoles des Sages de Sion. Dans le cadre du shéma « ZOG », les gouvernements sont secrètement contrôlés par les Juifs, pour lesquels l'immigration est une arme stratégique juive contre la race aryenne. Toutes les variantes sont imaginables... Voir notamment Tore Bjorgo, « Extreme Nationalism and Violent Discourses in Scandinavia: 'The Resistance', 'Traitors', and 'Foreign Invaders' », Terror from the Extreme Right, sous la direction de Tore Bjorgo, Frank Cass, 1995, p. 196-200 et p. 207-209. Le site de la National Alliance, important groupe néo-nazi américain propose des textes intitulés « les nouveaux protocoles », « pourquoi les Juifs veulent la guerre », et d'autres de la même eau.
81. C'est le cas du site de Nation of Europa, qui au milieu des habituelles ratiocinations ultra-nationalistes et racistes, propose une interview d'un négationniste, un texte intitulé « Auschwitz: a reevaluation » et des liens vers des sites web négationnistes. Le site Ostara (sic), principalement raciste et antisémite (nombreux textes sur les « meurtres rituels juifs »), propose une section négationniste, ainsi que des liens. Le même shéma se répète sur la plupart des sites web nationalistes et racistes.
82. Occident, le site de la jeunesse enracinée, hébergé aux USA.
83. Ce genre de propos a des relents fortement négationnistes, par sa « désémentisation » des mots et par ses origines. Voir Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France, Seuil, 2000, p.178 et 323.
84. Occident, le site de la jeunesse enracinée.
85. Pilier de la « nouvelle droite » et frontiste passé chez Mégret, Pierre Vial fonde son idéologie sur des concepts implicitement nazis: « un peuple et sa terre ne font qu'un, [qu'] un lien vital unit le sol et le sang » (Pierre Vial, « 27 juillet 1214: Bouvines », National Hebdo, n° 52, 21 septembre 1994, cité par Jacques Breitenstein, « Les étranges leçons d'histoire du professeur Vial », Mauvais temps, n° 1, juin, 1998, p. 88)
86. Hébergeant Unité Radicale, « créé en 1998 par l'alliance du GUD, de Jeune Résistance et de l'Union des Cercles Résistance », elle-même « créée en septembre 1997 par d'anciens membres du mouvement nationaliste révolutionnaire, Nouvelle Résistance, qui avaient été rejoints par des cadres et militants d'autres mouvements nationalistes français ».
87. Hébergé dès son ouverture par Voxtel, éditeur de serveurs Minitel rose, tels que Myss, Pulp, Rika ou Sevra, et récemment réinstallé aux États-Unis, chez Hiway Technologies. Pour un parti qui prône la moralité et s'oppose à l'américanisation...
88. Chez Flashback, en Suède. Le site du FN figure également sur la page de liens du site négationniste « Wilhelm Tell », parmi une longue liste de sites web négationnistes...
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07/07/2001
TEXTE REPRIS DU SITE http://www.phdn.org/negation/negainter/webrac.html
LISTE DES NAZIS AYANT FUIT DANS LES PAYS ARABES
Liste des nazis ayant fuit dans les pays arabes:
Altern Erich,
alias Ali Bella
Chef régional SD, Affaires juives en Galicie
Années 50, en Égypte, puis instructeur de camps palestiniens
Appler Hans,
alias Salah Chaffar
Information avec Goebbels
Égypte, ministère de l'information (1956)
Bartel Franz,
alias el-Hussein
Adjoint au chef de la Gestapo à Kattowitz (Pologne)
Depuis 1959, Section juive du ministère de l'Information au Caire
Baurnann, SS Standartenührer
Participe à la liquidation du Ghetto de Varsovie
Ministère de la Guerre au Caire: instructeur du Front de Libération de la Palestine
Bayerlein,
col. Fritz
Aide-de-camp de Rommel
Égypte
Becher Hans
Section juive Gestapo, Vienne
Alexandrie (Égypte) :
y instruit la police
Beissner, Dr Wilhelm
Chef Section VI C 13 RSHA
Égypte
Bender Bernhardt,
alias Béchir Ben Salah
Gestapo, Varsovie
Conseiller de la police politique au Caire
Birgel Werner,
alias El-Gamin
Officier SS
Vient de RDA au Caire, au ministère de l'Information
Boeckler Wilhelm, SS Untersturmführer
Recherché en Pologne pour son rôle dans la liquidation du Ghetto de Varsovie
En Égypte depuis 1949, travaille au département Israël du Bureau d'informations
Boerner Wilhelm,
alias Ali Ben Keshir, SS Untersturmführer
Gardien du camp de Mauthausen
Dépend du ministère de l'Intérieur égyptien, instructeur du Front de Libération de la Palestine
Brunner Aloïs
alias Georg Fischer, Ali Mohammed
SD, responsable des déportations en Autriche, Tchécoslovaquie, Grèce, Chef du camp de Drancy
Damas, conseiller des services spéciaux RAU puis syriens. Résident BND
Buble Friedrich,
alias Ben Amman, SS Obergruppenfùhrer
Gestapo
Dir. Département égyptien des relations publiques - 1952 conseiller de la police égyptienne
Bünsch Franz
Collaborateur de Goebbels à la propagande, coauteur, avec Eichmann de Les Habitudes sexuelles des juifs
Correspondant du BND au Caire puis en 1958 organisateur des SR d'Arabie saoudite pour le BND
Bunzel Erich, SA,
Obersturmführer
Collaborateur de Goebbels
Département Israël, ministère de l'Information au Caire
Daemling Joachim,
alias Jochen Dressel ou Ibrahim Mustapha
Chef de la Gestapo de Düsseldorf
Conseiller du système pénitentiaire égyptien, fait partie des services de Radio-Le Caire
Dirlewanger Oskar,
Oberführer
Chef du 36e bataillon de Waffen SS (URSS, Pologne)
Au Caire depuis 1950 selon certaines sources, selon d'autres, décédé le 7 juin 45 en résidence surveillée en Allemagne. Une exhumation de son cadavre aurait eu lieu en 1960
Eisele Dr Hans
Médecin chef camp de Buchenwald
Décédé au Caire, le 4 mai 1965
Farmbacher Wilhelm, LieutenantGénéral SS
Wehrmacht front Est, supervise l'armée Vlassov en France en 1944
Conseiller militaire de Nasser
Gleim Leopold
alias Lt-Col. Al Nashar
Chef du SD à Varsovie
Cadre de la Sécurité d'État égyptienne chargé des détenus politiques sur la mer Rouge
Gruber,
alias Aradji
Recruté par Canaris en 1924; réside en Égypte
1950 : agent d'influence en direction de la Ligue arabe
Heiden Ludwig,
alias el-Hadj
journaliste à l'agence antijuive Weltdienst (NSDAP)
Converti à l'Islam, traduit Mein Kampf en arabe, résidant en Égypte vers 1950
Heim Heribert, SS Hauptsturmführer
Médecin de Mauthausen
Médecin de la police égyptienne
Hithofer Franz
Cadre de la Gestapo à Vienne
Égypte, années 50
Leers, Dr Johannes von,
alias Omar Amin
Adjoint de Goebbels, chargé de la propagande antisémite
Responsable de la propagande anti-israélienne au Caire depuis 1955
Luder Karl
Chef des jeunesses hitlériennes, responsable de crimes antisémites en Pologne
Ministère de la Guerre au Caire
Mildner Rudolf, SS
Standartenführer
Chef de la Gestapo à Kattowitz, chef de la police au Danemark
Depuis 1963, vit en Égypte, membre de l'organisation Deutscher Rat
Moser Aloïs,
Gruppenführer SS
Recherché en URSS pour crimes contre les juifs
Instructeur des mouvements paramilitaires de jeunesse au Caire
Münzel Oskar
Général SS de blindés
Conseiller militaire au Caire, années 50
Nimzek Gerd von,
alias Ben Ali
En Égypte, années 50
Oltramare Georges,
alias Charles Dieudonné
Directeur du Pilori en France sous l'Occupation
Responsable de l'émetteur La Voix des Arabes au Caire. Décédé en 1960
Peschnik Aehim Dieter,
alias el-Saïd
Réside en Égypte
Rademacher Franz,
alias Thomé Rossel
1940-1943, dirige la section antijuive aux Affaires étrangères
journaliste à Damas
Rauff Walter
Chef du SD en Tunisie
Au Moyen-Orient (Syrie) jusqu'en 1961. Arrêté, puis relâché au Chili, le 4 décembre 1962
Seipel, SS
Sturmbannführer,
alias Emmad Zuher
Gestapo à Paris
Converti à l'Islam. Service de sécurité du ministère de l'Intérieur au Caire
Sellmann Heinrich,
alias Hassan Suleiman
Chef de la Gestapo à Ulm
au Caire, Services spéciaux égyptiens
Thiemann Albert,
alias Amman Kader
Officier SS en
Tchécoslovaquie
Weinmann Erich, SS
Standartenführer
Chef SD, Prague
Déclaré mort en 1949. En fait, à Alexandrie conseiller de la police
TEXTE REPRIS DU SITE AVAL31
Altern Erich,
alias Ali Bella
Chef régional SD, Affaires juives en Galicie
Années 50, en Égypte, puis instructeur de camps palestiniens
Appler Hans,
alias Salah Chaffar
Information avec Goebbels
Égypte, ministère de l'information (1956)
Bartel Franz,
alias el-Hussein
Adjoint au chef de la Gestapo à Kattowitz (Pologne)
Depuis 1959, Section juive du ministère de l'Information au Caire
Baurnann, SS Standartenührer
Participe à la liquidation du Ghetto de Varsovie
Ministère de la Guerre au Caire: instructeur du Front de Libération de la Palestine
Bayerlein,
col. Fritz
Aide-de-camp de Rommel
Égypte
Becher Hans
Section juive Gestapo, Vienne
Alexandrie (Égypte) :
y instruit la police
Beissner, Dr Wilhelm
Chef Section VI C 13 RSHA
Égypte
Bender Bernhardt,
alias Béchir Ben Salah
Gestapo, Varsovie
Conseiller de la police politique au Caire
Birgel Werner,
alias El-Gamin
Officier SS
Vient de RDA au Caire, au ministère de l'Information
Boeckler Wilhelm, SS Untersturmführer
Recherché en Pologne pour son rôle dans la liquidation du Ghetto de Varsovie
En Égypte depuis 1949, travaille au département Israël du Bureau d'informations
Boerner Wilhelm,
alias Ali Ben Keshir, SS Untersturmführer
Gardien du camp de Mauthausen
Dépend du ministère de l'Intérieur égyptien, instructeur du Front de Libération de la Palestine
Brunner Aloïs
alias Georg Fischer, Ali Mohammed
SD, responsable des déportations en Autriche, Tchécoslovaquie, Grèce, Chef du camp de Drancy
Damas, conseiller des services spéciaux RAU puis syriens. Résident BND
Buble Friedrich,
alias Ben Amman, SS Obergruppenfùhrer
Gestapo
Dir. Département égyptien des relations publiques - 1952 conseiller de la police égyptienne
Bünsch Franz
Collaborateur de Goebbels à la propagande, coauteur, avec Eichmann de Les Habitudes sexuelles des juifs
Correspondant du BND au Caire puis en 1958 organisateur des SR d'Arabie saoudite pour le BND
Bunzel Erich, SA,
Obersturmführer
Collaborateur de Goebbels
Département Israël, ministère de l'Information au Caire
Daemling Joachim,
alias Jochen Dressel ou Ibrahim Mustapha
Chef de la Gestapo de Düsseldorf
Conseiller du système pénitentiaire égyptien, fait partie des services de Radio-Le Caire
Dirlewanger Oskar,
Oberführer
Chef du 36e bataillon de Waffen SS (URSS, Pologne)
Au Caire depuis 1950 selon certaines sources, selon d'autres, décédé le 7 juin 45 en résidence surveillée en Allemagne. Une exhumation de son cadavre aurait eu lieu en 1960
Eisele Dr Hans
Médecin chef camp de Buchenwald
Décédé au Caire, le 4 mai 1965
Farmbacher Wilhelm, LieutenantGénéral SS
Wehrmacht front Est, supervise l'armée Vlassov en France en 1944
Conseiller militaire de Nasser
Gleim Leopold
alias Lt-Col. Al Nashar
Chef du SD à Varsovie
Cadre de la Sécurité d'État égyptienne chargé des détenus politiques sur la mer Rouge
Gruber,
alias Aradji
Recruté par Canaris en 1924; réside en Égypte
1950 : agent d'influence en direction de la Ligue arabe
Heiden Ludwig,
alias el-Hadj
journaliste à l'agence antijuive Weltdienst (NSDAP)
Converti à l'Islam, traduit Mein Kampf en arabe, résidant en Égypte vers 1950
Heim Heribert, SS Hauptsturmführer
Médecin de Mauthausen
Médecin de la police égyptienne
Hithofer Franz
Cadre de la Gestapo à Vienne
Égypte, années 50
Leers, Dr Johannes von,
alias Omar Amin
Adjoint de Goebbels, chargé de la propagande antisémite
Responsable de la propagande anti-israélienne au Caire depuis 1955
Luder Karl
Chef des jeunesses hitlériennes, responsable de crimes antisémites en Pologne
Ministère de la Guerre au Caire
Mildner Rudolf, SS
Standartenführer
Chef de la Gestapo à Kattowitz, chef de la police au Danemark
Depuis 1963, vit en Égypte, membre de l'organisation Deutscher Rat
Moser Aloïs,
Gruppenführer SS
Recherché en URSS pour crimes contre les juifs
Instructeur des mouvements paramilitaires de jeunesse au Caire
Münzel Oskar
Général SS de blindés
Conseiller militaire au Caire, années 50
Nimzek Gerd von,
alias Ben Ali
En Égypte, années 50
Oltramare Georges,
alias Charles Dieudonné
Directeur du Pilori en France sous l'Occupation
Responsable de l'émetteur La Voix des Arabes au Caire. Décédé en 1960
Peschnik Aehim Dieter,
alias el-Saïd
Réside en Égypte
Rademacher Franz,
alias Thomé Rossel
1940-1943, dirige la section antijuive aux Affaires étrangères
journaliste à Damas
Rauff Walter
Chef du SD en Tunisie
Au Moyen-Orient (Syrie) jusqu'en 1961. Arrêté, puis relâché au Chili, le 4 décembre 1962
Seipel, SS
Sturmbannführer,
alias Emmad Zuher
Gestapo à Paris
Converti à l'Islam. Service de sécurité du ministère de l'Intérieur au Caire
Sellmann Heinrich,
alias Hassan Suleiman
Chef de la Gestapo à Ulm
au Caire, Services spéciaux égyptiens
Thiemann Albert,
alias Amman Kader
Officier SS en
Tchécoslovaquie
Weinmann Erich, SS
Standartenführer
Chef SD, Prague
Déclaré mort en 1949. En fait, à Alexandrie conseiller de la police
TEXTE REPRIS DU SITE AVAL31
LES NAZIS DANS LES PAYS ARABES
Activités des nazis dans les pays arabes
Après la guerre, certains nazis se sont réfugiés dans des pays arabes où ils ont mené des activités relatives à la politique et à la sécurité. Certains se sont convertis à l'Islam. En voici une liste partielle.
* Alois Brunner, alias Goerg Fisher, alias Ali Mohammed. Il fut l'un des acteurs de la solution finale, aux côtés d'Adolf Eichmann. Il fut notamment responsable des déportations vers les camps d'extermination des juifs d'Autriche et de Grèce. Après la guerre, il travaille à Damas, en Syrie, où il est conseiller du gouvernement. Il est notamment chargé de mettre en place des techniques de torture dans les prisons syriennes.
* Johann Von Leers, alias Omar Amin, assistant de Joseph Goebbels au ministère de la propagande. Il est l'auteur de nombreux écrits antisémites, comme La nature criminelle des juifs, publié en 1944. Son principal rôle sous le Troisième Reich a été l'incitation à la haine contre les juifs. Après la guerre, il se réfugie en Égypte. Il se convertit à l'Islam, et prend le nom d'Omar Amin. Il reprend ses activités de propagande antisioniste, cette fois au service du président égyptien Gamal Abdel Nasser.
* Friedrich Buble, alias Ben Amman, SS Obergruppenführer. Après la guerre, il travaille au département égyptien des relations publiques, et en 1952, il est conseiller de la police du Caire.
* Joachim Daemling, alias Jochen Dressel, alias Ibrahim Mustapha, chef de la Gestapo de Düsseldorf. Il sera conseiller pour le système pénitentiaire égyptien.
* Wilhem Farmbacher, Lieutenant Général de la Wehrmacht sur le front Est, il supervise l'armée Vlassov en France en 1944. Il sera Conseiller militaire du président égyptien Nasser.
* Wilhelm Boerner, alias Ali Ben Keshir, gardien de camp de concentration de Mauthausen. Il travaillera au ministère de l'intérieur en Égypte, puis deviendra instructeur du front de libération de la Palestine.
* Erich Altern, alias Ali Bella, chef régional du SD, les renseignements nazis. Il se réfugie d'abord en Égypte, avant de devenir instructeur dans des camps d'entraînement palestiniens.
* Franz Bartel, alias El-Hussein, adjoint au chef de la Gestapo à Kattowitz, en Pologne. A partir de 1959, il travaille à la section juive du ministère de l'information en Égypte.
* Ludwig Heiden, alias El-Hadj, journaliste à l'agence antisémite Weltdienst. Il se réfugie en Égypte et il traduit Mein Kampf en arabe.
* Karl Luder, cadre des jeunesses hitlériennes. Il travaillera au Ministère de la guerre au Caire.
* Albert Thiemann, alias Amman Kader, Officier SS en Tchécoslovaquie. Il travaillera au ministère de l'information en Égypte.
TEXTE REPRIS DU SITE WIKIPEDIA
Après la guerre, certains nazis se sont réfugiés dans des pays arabes où ils ont mené des activités relatives à la politique et à la sécurité. Certains se sont convertis à l'Islam. En voici une liste partielle.
* Alois Brunner, alias Goerg Fisher, alias Ali Mohammed. Il fut l'un des acteurs de la solution finale, aux côtés d'Adolf Eichmann. Il fut notamment responsable des déportations vers les camps d'extermination des juifs d'Autriche et de Grèce. Après la guerre, il travaille à Damas, en Syrie, où il est conseiller du gouvernement. Il est notamment chargé de mettre en place des techniques de torture dans les prisons syriennes.
* Johann Von Leers, alias Omar Amin, assistant de Joseph Goebbels au ministère de la propagande. Il est l'auteur de nombreux écrits antisémites, comme La nature criminelle des juifs, publié en 1944. Son principal rôle sous le Troisième Reich a été l'incitation à la haine contre les juifs. Après la guerre, il se réfugie en Égypte. Il se convertit à l'Islam, et prend le nom d'Omar Amin. Il reprend ses activités de propagande antisioniste, cette fois au service du président égyptien Gamal Abdel Nasser.
* Friedrich Buble, alias Ben Amman, SS Obergruppenführer. Après la guerre, il travaille au département égyptien des relations publiques, et en 1952, il est conseiller de la police du Caire.
* Joachim Daemling, alias Jochen Dressel, alias Ibrahim Mustapha, chef de la Gestapo de Düsseldorf. Il sera conseiller pour le système pénitentiaire égyptien.
* Wilhem Farmbacher, Lieutenant Général de la Wehrmacht sur le front Est, il supervise l'armée Vlassov en France en 1944. Il sera Conseiller militaire du président égyptien Nasser.
* Wilhelm Boerner, alias Ali Ben Keshir, gardien de camp de concentration de Mauthausen. Il travaillera au ministère de l'intérieur en Égypte, puis deviendra instructeur du front de libération de la Palestine.
* Erich Altern, alias Ali Bella, chef régional du SD, les renseignements nazis. Il se réfugie d'abord en Égypte, avant de devenir instructeur dans des camps d'entraînement palestiniens.
* Franz Bartel, alias El-Hussein, adjoint au chef de la Gestapo à Kattowitz, en Pologne. A partir de 1959, il travaille à la section juive du ministère de l'information en Égypte.
* Ludwig Heiden, alias El-Hadj, journaliste à l'agence antisémite Weltdienst. Il se réfugie en Égypte et il traduit Mein Kampf en arabe.
* Karl Luder, cadre des jeunesses hitlériennes. Il travaillera au Ministère de la guerre au Caire.
* Albert Thiemann, alias Amman Kader, Officier SS en Tchécoslovaquie. Il travaillera au ministère de l'information en Égypte.
TEXTE REPRIS DU SITE WIKIPEDIA
HISTOIRE DE LA RESISTANCE : LES ARMES DE L'ESPRIT
Posté le Dimanche 25 mars 2007
par jc durbant
Suite à notre dernier billet sur la légende Aubrac comme illustration du mythe qui a entouré la Résistance pendant la dernière guerre en France et l’apparent manque de combativité de la majorité de la population française …
Petit retour sur les travaux de l’historienne américaine Helen Fein, dont l’analyse des différentes réponses nationales des pays européens face au génocide juif (”Accounting for Genocide: National Responses and Jewish Victimization During the Holocaust”, 1979) pourrait être éclairante.
Comparant les destins différents des communautés juives sous le nazisme, elle montre en effet que les pays où celles-ci s’en sont “le moins bien sorties” sont apparemment ceux où il n’y avait pas eu d’institutions (politiques, religieuses) appelant à résister.
Comme par exemple les Pays-Bas ou la Pologne (dont les dirigeants et élites s’étaient exilés en Angleterre et/ou avaient été décimées par les assauts conjoints des Nazis et des Soviétiques) qui ont eu le pire bilan par opposition au Danemark où Christian X avait explicitement pris position contre la déportation et dont la population juive a été très largement épargnée.
La France ayant eu une position intermédiaire (un peu comme la Bulgarie, dont les autorités religieuses avaient bien résisté mais qui finit par abandonner “ses” juifs thraces) où le régime a, en simplifiant, “sauvé” une bonne partie de ses juifs nationaux sur le dos (ie. en les livrant ou abandonnant aux nazis) de ses juifs réfugiés …
D’où l’intéressant contre-exemple du cas très particulier de ces villages des Cévennes de descendants de huguenots, avec leur longue tradition de “résistance” religieuse (comme Le Chambon-sur-Lignon, révélé au grand public par le documentaire de Pierre Sauvage, qui sauva quelque 5 000 juifs sous l’Occupation - mais il existe, parait-il un tel village de Justes aux Pays-Bas) …
On a ainsi l’impression qu’avec beaucoup de résistants, notamment au début, qu’ils sont quasiment livrés à eux-mêmes, aucune, sauf exceptions, institution politique, syndicale ou religieuse (hormis l’appel – de l’extérieur - du 18 juin) n’appelant à résister et qu’ils s’improvisent résistants avec les moyens - très limités – du bord, certains dans les campagnes ou aux frontières, à partir de leurs pratiques locales faisant passer leur résistance comme une sorte de braconnage ou contrebande “glorifiée”.
Ce qui souligne encore plus leur courage mais aussi la faiblesse de leur nombre et donc à nouveau… le “manque de combativité” de la majorité.
Et bien sûr le décalage avec les récits largement idéalisés que, pour les raisons que l’on sait, on en a fait après coup et… le choc quand la vérité sort peu à peu.
par jc durbant
Suite à notre dernier billet sur la légende Aubrac comme illustration du mythe qui a entouré la Résistance pendant la dernière guerre en France et l’apparent manque de combativité de la majorité de la population française …
Petit retour sur les travaux de l’historienne américaine Helen Fein, dont l’analyse des différentes réponses nationales des pays européens face au génocide juif (”Accounting for Genocide: National Responses and Jewish Victimization During the Holocaust”, 1979) pourrait être éclairante.
Comparant les destins différents des communautés juives sous le nazisme, elle montre en effet que les pays où celles-ci s’en sont “le moins bien sorties” sont apparemment ceux où il n’y avait pas eu d’institutions (politiques, religieuses) appelant à résister.
Comme par exemple les Pays-Bas ou la Pologne (dont les dirigeants et élites s’étaient exilés en Angleterre et/ou avaient été décimées par les assauts conjoints des Nazis et des Soviétiques) qui ont eu le pire bilan par opposition au Danemark où Christian X avait explicitement pris position contre la déportation et dont la population juive a été très largement épargnée.
La France ayant eu une position intermédiaire (un peu comme la Bulgarie, dont les autorités religieuses avaient bien résisté mais qui finit par abandonner “ses” juifs thraces) où le régime a, en simplifiant, “sauvé” une bonne partie de ses juifs nationaux sur le dos (ie. en les livrant ou abandonnant aux nazis) de ses juifs réfugiés …
D’où l’intéressant contre-exemple du cas très particulier de ces villages des Cévennes de descendants de huguenots, avec leur longue tradition de “résistance” religieuse (comme Le Chambon-sur-Lignon, révélé au grand public par le documentaire de Pierre Sauvage, qui sauva quelque 5 000 juifs sous l’Occupation - mais il existe, parait-il un tel village de Justes aux Pays-Bas) …
On a ainsi l’impression qu’avec beaucoup de résistants, notamment au début, qu’ils sont quasiment livrés à eux-mêmes, aucune, sauf exceptions, institution politique, syndicale ou religieuse (hormis l’appel – de l’extérieur - du 18 juin) n’appelant à résister et qu’ils s’improvisent résistants avec les moyens - très limités – du bord, certains dans les campagnes ou aux frontières, à partir de leurs pratiques locales faisant passer leur résistance comme une sorte de braconnage ou contrebande “glorifiée”.
Ce qui souligne encore plus leur courage mais aussi la faiblesse de leur nombre et donc à nouveau… le “manque de combativité” de la majorité.
Et bien sûr le décalage avec les récits largement idéalisés que, pour les raisons que l’on sait, on en a fait après coup et… le choc quand la vérité sort peu à peu.
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