vendredi 27 février 2009

Le destin tragique et méconnu des travailleurs juifs «libres»


Franck Marché a rassemblé dans ce livre des documents des archives, des témoignages et de nombreuses photos d'époque, sur le camp de Clefs, dans le Maine-et-Loire.
Entre 1942 et 1943, des juifs ont travaillé dans un camp forestier à Clefs, dans le Maine-et-Loire. Une partie d'entre eux a ensuite été déportée. Franck Marché révèle l'histoire peu connue de ces travailleurs soumis à de strictes conditions.
Les livres d'histoire n'évoquent leur calvaire qu'en quelques lignes. Une histoire de « travailleurs libres »... comme pouvaient l'être des juifs condamnés au chômage à Paris et dirigés sur un chantier forestier en pleine campagne, entre Baugé (Maine-et-Loire) et La Flèche ! Franck Marché vient de les sortir de l'oubli.

« C'est l'histoire de 160 hommes, des Polonais de confession juive pour la plupart, réfugiés à Paris entre 1922 et 1936. Des artisans, des ouvriers. En 1942, les autorités allemandes leur interdisent soudain de travailler. Devenus chômeurs, ils sont orientés vers le chantier forestier de Clefs. » Un camp de travail où des juifs sont réputés travailler « librement ».

Leur tâche, de février 1942 à novembre 1943 ? Fabriquer des poteaux pour les mines de Lens. Franck Marché retrace la vie de ce chantier à travers le témoignage d'anciens bûcherons passés par Clefs, notamment Albert Boksenbaum et Maurice Reznik, qui n'est autre que le compagnon de Primo Levi. Il s'appuie sur le témoignage de quatre survivants.

« Liberté » très contrôlée !

« C'est vrai : ces bûcherons n'étaient pas enfermés. Ils travaillaient entre huit et dix heures par jour, ils étaient payés, indique Franck Marché. En fin de semaine, ils pouvaient sortir du camp pour aller se ravitailler en nourriture dans les fermes voisines avec l'argent qu'ils gagnaient. Ils pouvaient aussi retourner à Paris le temps d'un week-end pour voir leur famille », révèle l'auteur.

Une liberté très... contrôlée : ils ne peuvent se déplacer que s'ils sont munis d'un ausweiss. Ils doivent pointer à chaque voyage à Paris. Mais c'est leur façon de se protéger : on leur a promis que leurs familles bénéficieraient d'une certaine protection tant qu'ils resteraient travailler au camp.

« Enfin, c'est ce qu'ils pensaient », souligne Franck Marché. Avant d'ajouter : « La plupart des familles ont été déportées lors de la rafle du Vel d'Hiv en juillet 1942 ! » Le chantier continuera à fonctionner, pourtant, jusqu'en novembre 1943. Après une nouvelle rafle lancée sur ordre des autorités allemandes. « Elles ne supportaient plus de voir des juifs travailler « librement » tout en étant payés », explique l'auteur. Ce jour-là, 64 hommes sont envoyés à Drancy puis à Auschwitz. Seuls huit en reviendront. Quatre sont toujours vivants.

Cet ouvrage est le fruit de dix années de recherches aux archives départementales du Maine-et-Loire, aux archives de Serge Klarsfeld et au musée d'Auschwitz. « J'ai rassemblé à la fois des documents des archives, des témoignages et de nombreuses photos d'époque, signale Franck Marché. J'ai conçu ce livre comme un outil pédagogique, un manuel pour les collégiens et les lycéens. »



Amélie GIRARD.


Pour se procurer le livre : Franck Marché, 61, ruelle à l'Âne, 49400 Bagneux, tél. 02 41 67 54 85 (email : marche.franck@free.fr).

1 commentaire:

finkjf a dit…

Bonjour Amélie,

content de voir enfin un article sur ce camp d'internement. Mon grand-père Jacob Finkelstein était l'un de ces hommes, mort à Auschwitz. Franck Marché m'a apporté pas mal d'informations, qu'il soit remercié pour son travail. Voici ma page sur ce camp:
http://finkelstein.free.fr/shoah/campBeauregard.html

Cordialement,
jean-francois Finkelstein.