mercredi 17 juin 2009

L'aryanisation de Jésus par les Chrétiens dans l'Allemagne nazie



"Comme le souligne Susannah Heschel, "Débarrasser l’Allemagne des Juifs était devenu un sujet de discussion acceptable entre théologiens, même lorsque la technique proposée pour y parvenir était le meurtre." Au nom de l’idéal de la pureté aryenne, ces théologiens étaient en avance sur les nazis: cela se passait en 1936, bien avant que le meurtre de masse des Juifs ne soit devenu une politique nazie."

Paula Fredriksen a écrit une analyse, parue dans site The Tablet, du livre de Susannah Heschel intitulé Le Jésus Aryen: les Théologiens Chrétiens et la Bible dans l'Allemagne Nazie (The Aryan Jesus: Christian Theologians and the Bible in Nazi Germany).

L’ouvrage retrace l’histoire de l'Institut d'Etude et d'Eradication de l'Influence Juive sur la Vie de l'Eglise Allemande (Institut zur Erforschung und Beseitigung des jüdischen Einflusses auf das deutsche kirchlichen Leben). Créé en mai 1939, l'Institut a pour mission de promouvoir un christianisme débarrassé de ses "excroissances" juives et de restituer au Volk* allemand un Christ "nordique" et un christianisme aryen rétablis dans leur pureté originelle. Dans ce but, les théologiens de l'Institut recourent à toutes les méthodes possibles et imaginables pour démontrer et diffuser ce message, basé sur l’effroyable logique raciste qui postulait que l'Allemagne était une nation chrétienne (et elle l’était) et que si la véritable nation allemande était aryenne (selon la croyance populaire), alors le christianisme, et plus particulièrement Jésus de Nazareth, devaient aussi être aryens".

"Ils organisent des lectures du Nouveau Testament, interprété sous le prisme du racisme anti-juif. Ils sollicitent servilement l'appui financier et politique du parti nazi. Ils disséminent leur message antisémite en recourant aux moyens propres au monde académique : recherche commanditée, articles dans les journaux, livres, financement de conférences, formation de futur diplômés, conférences publiques. L'Allemagne étant dotée d'une religion d'état, ils vont apporter aux fidèles, dans les églises, le message aryen en changeant les textes du Nouveau Testament (dans la traduction allemande), en réécrivant la liturgie, et en prônant et prêchant avec énergie que l’Ancien Testament (juif) soit abandonné en tant qu'écriture sainte chrétienne."

Une fois Jésus aryanisé, les Juifs peuvent être exterminés

Le plus horrible est de constater que ces positions furent élaborées et formulées par des théologiens et des penseurs chrétiens avant que les nazis ne mettent en oeuvre leur machine de destruction des Juifs.

"Comme le souligne Susannah Heschel, "Débarrasser l’Allemagne des Juifs était devenu un sujet de discussion acceptable entre théologiens, même lorsque la technique proposée pour y parvenir était le meurtre." Au nom de l’idéal de la pureté aryenne, ces théologiens étaient en avance sur les nazis: cela se passait en 1936, bien avant que le meurtre de masse des Juifs ne soit devenu une politique nazie."

En effet en 1936 à l’occasion d’une réunion de responsables religieux de la Thuringe et de la Saxe, Siegfried Leffler, qui allait devenir plus tard l'un des piliers de l’Institut, déclara sans que cela ne soulève la moindre critique :


"Dans une vie chrétienne, le cœur doit toujours être bienveillant envers le Juif . . . . En bon Chrétien, je peux, je dois, je devrais toujours trouver dans mon cœur un pont vers les Juifs. Mais en tant que Chrétien, je me dois aussi de suivre les lois de mon Volk* . . . . Même si je sais que "Tu ne tueras point" est un commandement de Dieu, ou que "Tu aimeras le Juif", car lui aussi est un enfant du Père éternel, je suis aussi capable de savoir que je dois le tuer, que je dois l’abattre, ce qui est possible parce que je suis autorisé à prononcer le nom du Christ."

Susannah Heschel démontre que malgré un important réseau de 600.000 membres comprenant des pasteurs, des évêques, des professeurs de théologie, des professeurs de religion, des laïcs engagés qui s’étaient livrés pendant plusieurs années à une prodigieuse activité en termes de productivité et d’activisme politique, l'Institut est devenu totalement invisible après la guerre.

"Ce dernier épisode auquel Susannah Heschel consacre les deux derniers chapitres donne la nausée mais pour des raisons différentes. Ces champions chrétiens du génocide juif, se mirent à l’abri dès que les Alliés gagnèrent la guerre. Ils s’échangèrent des lettres s’exonérant mutuellement. Ils furent protégés par l'église, par leurs collègues et par leurs propres mensonges. Ceux qui pendant la guerre avaient fait valoir leur expertise académique du judaïsme pour promouvoir le programme raciste de l'Institut, faisaient valoir, en temps de paix, cette même expertise pour camoufler leurs agissements : eut-il été concevable que des experts en judaïsme soient des antisémites ? Les convergences entre l'anti-judaïsme de l’Institut et celui propre à la théologie chrétienne traditionnelle, rend ce type de crime pratiquement indécelable."

Après la guerre la carrière de ces spécialistes du Nouveau Testament prit un nouvel essor et une nouvelle respectabilité. En lisant le livre, Paula Frederiksen a sursauté quand elle s'est rendu compte qu’elle avait lu certains de leurs travaux au cours de sa propre formation dans les années 1970…

Elle regrette qu’encore de nos jours des chercheurs continuent à défendre l’idée que "Paul n’aimait pas l’ethnie juive ni les pratiques religieuses juives et que Jésus, en tant que juif pieux, avait condamné le culte du Dieu d’Israël dans le temple de Jérusalem. Ca fait vingt siècles que l’on caricature ainsi le judaïsme pour exprimer l'identité chrétienne, ce que nos contemporains perpétuent tout en s'efforçant de rendre cette attitude "présentable" [salonfähig*]. Ces caricatures du judaïsme produisent des narratives qui sont dommageables, tant à titre historique qu'à titre moral. Comme le démontre magistralement Susannah Heschel, la membrane entre anti-judaïsme et antisémitisme est non seulement extrêmement étroite, mais aussi - et c'est bien là le malheur, trop perméable."


Crédit photo: consécration de l'évêque du Reich Ludwig Müller à la cathédrale de Berlin en 1934, Deutsches Bundesarchiv via Wikimedia Commons

* En allemand dans le texte

Publié avec la collaboration de Roseline Lewin

- A conversation with Susannah Heschel

http://philosemitismeblog.blogspot.com/2009/06/laryanisation-de-jesus-par-les.html

mercredi 20 mai 2009

Caricature de femme juive pulpeuse, vicieuse et perverse



"Dans la galerie judaïque il y a également une abondance de femmes - et quelles femmes ! - toutes splendides, et aussi célèbres pour leurs formes que pour les tares sexuelles que leur sang charrie. Des prostituées de Jérusalem aux demoiselles vierges de bonnes familles qui couchaient avec David (patriarche avancé en années et en fourberies) pour réchauffer le vieillard. Grâce à ces sympathiques créatures la Bible est un petit livre presque aussi apprécié que le Kamasutra […].

On en parle moins, mais la femme juive n'est pas épargnée par les stéréotypes antisémites, avec leur cortège de sarcasmes et mépris. Ces illustrations du passé aident à éclairer les stérotypes des antisémites et des antisionistes d'aujourd'hui.

"Un jour, je me trouvais à six heures du soir assis dans ma bibliothèque à réfléchir à l’écriture d’un de ces livres qui m’apportent une si grande renommée, quand je vis un ange descendre du ciel, qui me dit : "José, pourquoi ne racontes-tu pas l’histoire du Peuple Elu ?"

Ayant compris que l’apparition, vêtue d’une chemise blanche et ailée, était un signe du Très Haut, je ne tardai pas à me mettre à la tâche.

Pour être tout à fait franc, les Juifs ne me furent jamais un peuple sympathique et déjà au temps où, avec une rare application, j’étudiais le catéchisme, ils étaient à mes yeux méprisables. Je les considèrais comme des êtres sensuels et coureurs de jupons, toujours sales, la barbe mal entretenue, ne prenant un bain qu’à Pâques dans les eaux stagnantes de la Mer Morte, et ce en raison de préceptes religieux et non pour des raisons d’hygiène. Des gens qui en plus prêtent à du 20% n’ont jamais mérité ma sympathie, bien que par besoin (bénit soit Dieu !) j’ai dû, pour mon malheur, trop souvent à mon goût avoir recours à leurs services.

Mais dans la galerie judaïque il y a également une abondance de femmes - et quelles femmes ! - toutes splendides, et aussi célèbres pour leurs formes que pour les tares sexuelles que leur sang charrie. Des prostituées de Jérusalem aux demoiselles vierges de bonnes familles qui couchaient avec David (patriarche bien avancé en années et en fourberies) pour réchauffer le vieillard. Grâce à ces sympathiques créatures la Bible est un petit livre presque aussi apprécié que le Kamasutra […]."

Source: repris d'un blog portugais dont on devinera aisément la tendance. Le dessin et le texte sont de Vilhena et datent de 1965 (une vingtaine d’années après l’extermination de 6 millions Juifs européens – dont 1.5 million d’enfants), et proviennent du tome 3 de son "Histoire Universelle de la Crapulerie Humaine" intitulé "Les Juifs". Il est dédié à l'homme qui a failli "résoudre les problèmes de la Race Elue", et à son exécutant Eichman "créateur d’une chaîne continentale de rôtisseries pour Juifs et pareils qui encore de nos jours, bien que [il espère qu'il s'agit d'une fermeture provisoire], représentent la grande attraction touristique de la vieille Europe des Patries". Mais n'oubliez pas - c'est de l'humour ...

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Source: For « connoisseurs »… [II et fin], Richard Zrehen

"Il y a la lascivité : "Le vice a… chez les Juives un caractère particulier.

… Il est certain qu’un père et une mère juifs vendent parfaitement leurs filles quand ils sont pauvres, tandis que dans nos grandes villes, nos pauvres, hélas ! se contentent, faute de surveillance (!), de les laisser se livrer au premier venu. Les courtisanes juives se prostituent pour de l’argent, mais froidement, sans l’ombre d’ivresse, avec l’intention bien arrêtée de se marier quand elles auront ramassé un pécule ; elles épousent alors un comédien, un négociant, un financier…

La prostituée, d’ailleurs, sert Israël à sa façon : elle accomplit une sorte de mission en ruinant, en poussant au déshonneur les fils de notre aristocratie ; elle est un merveilleux instrument d’information pour la politique juive.La femme juive de la classe aisée vit à l’orientale, même à Paris, fait la sieste l’après-midi, garde je ne sais quoi de fermé et de somnolent. Elle est étrangère aux passions violentes, qui troublent si souvent le cœur de la chrétienne que la foi ne garde plus ; elle est préservée justement par cette absence de tout idéal, qui est la caractéristique des Sémites…" [1]."

[1] Edouard Drumont, La France juive, Paris, Marpon & Flammarion, 1886, t. 1, pp. 89-90.

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Source: For « connoisseurs »… [I], Richard Zrehen

"En 1898, Estherazy vient d’être acquitté et l’Aurore de mettre en première page le J’accuse… ! de Zola, Gyp [voir Un curieux penchant (II)] publie chez Flammarion Israël, sorte de roman à clefs[1], aux titres de chapitres évocateurs : C’est euss’ qu’est les rois, Châteaux en… France, Leur sens moral, Ceux qui ne les gobent pas, Ceux qui n’en veulent pas, Leur patriotisme, Leur tact…

Gyp est le nom de plume de la comtesse de Martel de Janville (1849-1932), née Sibylle Aimée Marie Antoinette Gabrielle Riquetti de Mirabeau, arrière petite nièce du turbulent et talentueux tribun révolutionnaire, Honoré de Mirabeau, partisan entre autres de l’émancipation des Juifs. – Descendant d’une famille florentine, Honoré de Mirabeau était réputé avoir quelques gouttes de sang séfarade… [...]

Extrait:

La comtesse Mac Chabée de Clairvaux, 49 ans, grande, molle [ !], très serrée. Nez fabuleux. Cheveux très noirs. Peau rugueuse, d’un rouge violacé, transparaissant sous une couche considérable de poudre de riz. L’aspect d’une énorme framboise roulée dans du sucre. Regardant aussi si Maugiron ne peut pas entendre. - Tais-toi !… et ne me regarde pas comme ça ! j’ai peur de me trahir !…""


http://philosemitismeblog.blogspot.com/2009/05/caricature-de-femme-juive-pulpeuse-et.html

mardi 19 mai 2009

Pie XII : le pape de la Shoah



Pie XII : son rôle pendant la guerre reste scellé dans les archives.
Photo: DR , JPost
Pour les Israéliens, le discours décevant de Benoît XVI à Yad Vashem fait écho au silence frileux de Pie XII, le pape de la Shoah. Retour sur une figure controversée, obstacle à la réconciliation judéo-chrétienne.

A Yad Vashem, Benoît XVI a tourné le dos à une seule photo. Tout comme son prédécesseur Jean-Paul II en 2000, le souverain pontife a évité de croiser l'image de son aïeul spirituel, Pie XII et sa légende controversée l'accusant d'avoir gardé le silence durant la Shoah.

Depuis des dizaines d'années, le rôle d'Eugenio Pacelli fait l'objet d'un bras de fer entre le Vatican et Israël.

Pourtant à peine élu, Benoît XVI a remis le dossier Pie XII en haut de la pile des candidatures à la béatification, reconnaissance officielle de l'Eglise catholique à un "bienheureux".

En octobre 2008, il célèbre en grande pompe le 50e anniversaire de la mort du pape Pacelli. Pour le pontife allemand, son aïeul italien n'a épargné aucun effort pendant la guerre "pour intervenir en faveur des Juifs".

Indignation en Israël : le silence de Pie XII durant la Shoah reste une marque douloureuse et indélébile. Pour apaiser les tensions, Benoît XVI n'a pas d'autre choix que de freiner le processus de béatification.

Il renonce ainsi à célébrer "les vertus héroïques" du pape des temps sombres, étape indispensable de la procédure. Le dossier Pie XII, poudrière politique, est pour l'instant bloqué.

Pie XII savait tout

La figure d'Eugenio Pacelli provoque d'intenses polémiques. Sur Wikipedia, la page qui lui est dédiée fait l'objet d'une "controverse de neutralité".

Sur Google, les admirateurs du pape défunt alignent des blogs à la chaîne. Ils dénoncent la fabrication d'une légende noire totalement fictive.

Leur argument de défense : après la guerre, l'action du pape Pacelli est mondialement saluée, y compris dans les rangs de la communauté juive.

Le grand rabbin de Jérusalem, Isaac Herzog, exprime ainsi en 1946 sa "profonde gratitude pour l'aide apportée par le Saint-Siège au peuple qui a souffert pendant les persécutions nazies".

Il faut attendre les années 1960 et la cicatrisation des plaies les plus vives pour que le rôle de Pie XII pendant la guerre soit examiné à la loupe. La pièce de théâtre Le Vicaire, en 1963, fait éclater la controverse. En 2002, le film Amen de Costa Gavras, inspiré de cette œuvre, rallume les flammes.

Il met en scène le silence assourdissant du Saint-Siège alors que des wagons entiers allaient tout droit vers la mort. Objet de culte ou incarnation des maux de l'Eglise catholique, la figure de Pie XII sort souvent de son contexte.

Quel est réellement le parcours d'Eugenio Pacelli ?

Le 12 mars 1939, l'homme d'Eglise, issu d'une famille de diplomates, succède à Pie XI.

Avant même son élection, il assiste aux premières loges à la montée du nazisme. Secrétaire d'Etat du Vatican (équivalent du ministère des Affaires étrangères), il participe à l'écriture de l'encyclique de son prédécesseur, "Avec une vive inquiétude".

Publiée en 1937, elle dénonce l'"idéologie de la race" et le nazisme.

Elu pape, Eugenio Pacelli met pourtant en sourdine les attaques contre le IIIe Reich. Que savait-il exactement des desseins d'extermination des nazis ?

Les historiens s'accordent, dans leur ensemble, à dire qu'il savait tout. Les appels au secours en provenance de Pologne, triste terre de Belzec ou de Treblinka, ne laissent pas de place au doute.

L'ambassadeur de Varsovie au Vatican, Casimir Papée, fait au pape un exposé funeste : "Les déportés sont mis à mort par différents procédés dans des lieux spécialement préparés à cette fin."

Par ailleurs, à partir de 1942, les Anglais et les Américains abreuvent le Saint-Siège de rapports détaillés. Face à la terreur nazie, de nombreux hommes d'Eglise vont mettre tout en œuvre pour sauver des Juifs.

Même Pie XII agit individuellement en faveur des Juifs de Rome. Mais aucune déclaration publique ne vient se dresser contre la barbarie du IIIe Reich.

C'est bien ce silence complice qui est reproché aujourd'hui au Saint-Siège et à Pie XII. L'histoire prouve que des prises de positions sans équivoque peuvent inverser le cours des choses ou au moins retarder leur dénouement.

En 1941, le sermon de l'évêque de Munster, Clemens-August von Galen contre l'assassinat programmé des malades mentaux et des handicapés en Allemagne a une portée considérable. Hitler finit par abandonner son plan face à la pression du clergé.

Pie XII : le "pape d'Hitler" ?

L'unique prise de parole de Pie XII face à la Shoah réside dans son homélie de Noël 1942. Il fait alors allusion à des "centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, parfois seulement en raison de leur nationalité ou de leur race, sont destinées à mourir ou à disparaître peu à peu..."

Jamais les mots "Juifs" ou "nazis" ne sont prononcés. Trop vague, pas assez courageuse, cette déclaration fait l'effet d'un coup d'épée dans l'eau. Depuis le début de la controverse Pie XII, la ligne de défense du Vatican reste la même.

Le silence par peur des représailles contre les communautés chrétiennes : "Non seulement il n'est pas en mon pouvoir de freiner les actes criminels et insensés des nazis, mais une condamnation formelle ne ferait actuellement qu'entraîner le pire", écrit Pie XII dans son journal intime en 1942. Des historiens évoquent, par ailleurs, l'aversion profonde du pape vis-à-vis du communisme.

Dans ce contexte, le nazisme est un rempart contre Staline. Dans son histoire secrète de Pie XII, "Le pape d'Hitler", l'historien John Cornwell va jusqu'à affirmer qu'Eugenio Pacelli avait une "indéniable antipathie à l'égard des Juifs". L'écrivain pousse peut-être son analyse à l'extrême.

Mais il est incontestable que le silence papal à une époque aussi cruciale renvoie aux sombres souvenirs des pogroms orchestrés par les catholiques.

Dans l'Europe encore en guerre, quelques voix s'élèvent contre l'homélie frileuse de Pie XII. Dans sa revue Combat, Albert Camus écrit en 1944 : "Nous attendions que la plus haute autorité spirituelle de ce temps voulût bien condamner en termes clairs les entreprises des dictatures...


La grande foule des hommes attendait, pendant toutes ces années, qu'une voix s'élevât pour dire nettement où se trouvait le mal."


L'image de Pie XII réévaluée ?

Déjà attaqué sur le silence de Pie XII, le Saint-Siège doit aussi faire face à une autre polémique. En 2004, le journal italien Corriere della Sera publie une lettre datée de novembre 1946. Elle démontre que Pie XII a recommandé à l'Eglise de France de ne rendre que les enfants juifs non baptisés.

Les instructions du Saint-Siège sont claires : les nouveaux "Catholiques" ne doivent pas être "confiés à des institutions qui ne leur garantissent pas une éducation chrétienne". En dépit des controverses, la béatification de Pie XII est à l'ordre du jour depuis 1965.

Le processus aurait dû aboutir en 2001. Mais Israël est monté au créneau. Jean-Paul II décide au dernier moment d'échanger son dossier avec celui d'un autre pape plus lointain, Pie IX.

Craignant une polémique incontrôlable, le pape charge alors six historiens catholiques et Juifs de faire la lumière sur les actes du Saint-Siège pendant la Shoah. Ces derniers déclarent leur impuissance à trouver des réponses.

En cause : le refus du Vatican d'ouvrir ses archives complètes. Une mise au secret qui alimente encore davantage les fantasmes. En 2003, le Saint-Siège accepte finalement d'ouvrir ses cartons jusqu'en 1939. Problème : Pie XII n'est pas concerné. Son magistère suprême s'étend de 1939 à 1958.

Pourtant, quelques documents passent entre les mailles du filet. En mai dernier, Yad Vashem fait d'ailleurs une déclaration surprenante. Il pourrait "réévaluer" l'action d'Eugenio Pacelli pendant la guerre. Le directeur du musée, Avner Shalev, a indiqué avoir reçu des documents secrets favorables à Pie XII.

Le souverain pontife aurait ainsi donné des consignes à un couvent, situé à l'extérieur de Rome, pour abriter des Juifs en fuite. Ces documents réussiront-ils à redorer le blason bien terni d'un pape qui continue encore à faire parler de lui ?


http://fr.jpost.com/servlet/Satellite?apage=1&cid=1242212404348&pagename=JFrench%2FJPArticle%2FShowFull

mercredi 6 mai 2009

Quand Chanel était « collabo »



"L’image que nous avons de Gabrielle Chanel, dite « Coco », a été soigneusement travestie par l’intéressée puis par sa descendance spirituelle. La couturière paiera ainsi dans les années 50 Louise de Vilmorin pour écrire une fausse histoire de sa vie. Ce qui apparaît au fil des vraies biographies apparaît beaucoup moins reluisant. Que Coco ait plus ou moins sombré à ses débuts dans la galanterie reste son affaire. Son antisémitisme viscéral, qui se manifeste dès les années 30, le devient déjà moins. Son rôle pendant la Seconde Guerre mondiale apparaît, lui, nauséabond. Chanel ferme sa maison en 1940 pour s’installer au Ritz. C’est son droit. Mais elle y entame vite une liaison avec Hans Günther von Dinklage, « Allemand et sans doute espion » nous révèle un article paru dans L’Express en 1995.



Le même journal détaille un document « récemment déclassifié ». On apprend ainsi que Chanel a pris elle-même l’initiative de collaborer « et qu’elle était venue en discuter en avril 1943 à Berlin avec Walter Friedrich Schellenberg, l’homme de confiance d’Himmler ». Chanel va ainsi se retrouver prise dans la rocambolesque mission Chapeau de couture (Modelhut), qui vise à obtenir une paix séparée entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Le tout doit se conclure dans la Madrid, officiellement neutre, de Franco. Le fiasco sera total. Quel est alors le but de Chanel ? Récupérer ses parfums, vendus à l’entreprise (juive) des Wertheimer avant la guerre…

En août 1944, Chanel est arrêtée au Ritz. Une intervention de Churchill sauve ses cheveux et peut-être sa peau. Elle se voit néanmoins envoyée en exil à Lausanne. Schellenberg sera condamné à Nuremberg. Chanel ne devait pas avoir de trop mauvais souvenirs de Modelhut. Elle aidera financièrement l’homme à se refaire une situation lors de sa sortie de prison en 1951. Elle-même s’apprêtait alors à rentrer en grâce. Coco redéfilera à partir de 1954. La virginité, ça repousse parfois. "

Claire Marie FOULQUIER-GAZAGNES écrit que "Mais cette ambitieuse volonté recèle ses noirceurs : pendant la Seconde Guerre Mondiale, Coco Chanel tente de récupérer les parts du parfum n°5 détenu à 70% par la famille juive Wertheimer en profitant de l’antisémitisme ambiant."


Etienne Dumont

mardi 28 avril 2009

Commémoration de la conférence d'Evian 1938: un pardon qui sonne comme un avertissement



""À vendre les juifs qui les veut ? Personne !" titrait la presse nazie."

"Il aura fallu attendre plus de 70 ans, pour que soit commémorée à Évian cette fameuse conférence qui s'est tenue du 6 au 15 juillet 1938 dans les murs de l'hôtel Royal. Le sort des réfugiés juifs en dépendait, elle s'est clôturée sur un échec.

De nombreux parlementaires étrangers participant à la conférence sur le racisme à Genève (Durban II) étaient présents, hier, dans la petite synagogue aux côtés des représentants locaux dont le député-maire d'Évian, Marc Francina, et le président de la communauté israélite, Jean-Bernard Lemmel. Ils ont reconnu avec émotion l'énorme responsabilité de leur pays respectif et se sont insurgés contre le voile épais qui recouvre cette tragique page de l'histoire de la Shoah.

Juillet 1938, Franklin Roosevelt invite à Évian - Genève avait refusé d'accueillir cette rencontre - les représentants de toutes les nations du "monde libre" à s'engager pour le sauvetage des juifs victimes de la persécution nazie. Après l'annexion de l'Autriche, quelque 550.000 juifs sont soumis aux édits raciaux. Ils pouvaient alors encore quitter l'Allemagne, mais la question cruciale était de savoir où aller ? Proposition avait été faite à chaque pays d'accueillir
25.000 juifs. Elle a été déclinée par la plupart (lire ci-dessous). Même les 5.000 dollars en or offerts par la communauté juive de New York par juif accueilli n'ont pas infléchi leur position ! Le rendez-vous d'Évian s'est de fait retourné contre ceux qu'il devait sauver, donnant un blanc-seing à Hitler pour mettre en place sa solution finale. "À vendre les juifs qui les veut ? Personne !" titrait la presse nazie.

70 ans plus tard, les parlementaires des Pays-Bas, USA, Suisse, Australie, Suède, Irlande, Finlande, Allemagne et la France avec Georgina Dufoix ont demandé pardon au peuple juif.

Un pardon qui a pris une consonance particulière au regard des déclarations du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, à la tribune de Durban II la veille. Propos condamnés avec véhémence : "ils appellent une réaction urgente et massive. Cet homme est habité par l'antisémitisme et, nous, nous savons à quoi mène l'antisémitisme" lançait l'ancienne ministre française de la Santé.

REPÈRES
PROPOSITIONS D'ACCUEIL FAITES EN 1938
La République dominicaine s'était illustrée à Évian, elle proposait d'accueillir jusqu'à 100.000 réfugiés. Le CIR (comité international pour les réfugiés) avait établi que l'offre était une manœuvre du président Trujillo pour remplacer la population noire par des juifs blancs. En clair : une véritable épuration ethnique ! Au final, 1.000 réfugiés y seront accueillis en 1940. Quelques juifs ont pu rejoindre l'Afrique, l'Amérique du Sud et des pays du Commonweath."

Source: article du 22/04/09 repris du site du Dauphiné Libéré

- Evian 1938 - Genève 2009, Tomas Sandell
- European Christians remember Evian 1938


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dimanche 26 avril 2009

LA MUSIQUE DANS L'ENFER DU CAMP DE TEREZIN


Le camp de Terezin.
Photo: AP , JPost
Par DAVID HERSCHEL


Fondée en 1790 par l'Empire d'Autriche pour servir de ville de garnison, Terezin (Theresienstadt) se trouve en Bohême du Nord, à 60 km de Prague. Quand les nazis prennent le contrôle de la ville, ses remparts impénétrables leur semblent idéalement conçus pour en faire un camp de transit destinés aux Juifs des pays tchèques et autres Etats limitrophes.

Fin 1941, sept-mille Juifs tchèques y sont détenus. Jusqu'à la débâcle allemande, Terenzin verra transiter environ 140 000 Juifs : 33 000 mille mourront sur place de famine ou de maladie, et 88 000 seront déportés vers Auschwitz ou d'autres camps d'extermination.

Comble de l'infamie, les nazis utilisent le site comme instrument de propagande pour faire taire les inquiétudes de la Croix-Rouge. De nombreux artistes juifs étaient internés à Terezin, dépêchés par les nazis depuis toute l'Europe : peintres, cinéastes, musiciens, dramaturges, leurs talents devaient être instrumentalisés pour cacher leur propre mise à mort et celle de millions de leurs coreligionnaires.

Et paradoxalement, du point de vue des artistes eux-mêmes, former des orchestres, monter des spectacles, était une forme de résistance à l'oppression et au désespoir. Créer pour garder le sentiment de leur propre dignité.
Rescapée du camp, Greta Hoffmeister donnera sa propre définition du mot musique à Terezin : « La musique était la vie ! »

Au milieu de la terreur, de la torture et de l'humiliation, se montent des opéras à Terezin, sur des scènes de fortune : La Fiancée vendue et Le Baiser de Smetana, les Noces de Figaro de Mozart, mais aussi le Requiem de Verdi, Elijah, l'oratorio « biblique » de Mendelssohn, ou encore Brundibar, l'opéra pour enfants du compositeur tchèque Hans Krasa, chanté par les petites victimes avant leur départ vers « l'Est », une œuvre destinée à devenir le symbole de la vie musicale dans le camp.

Les œuvres laissées par les quinze compositeurs internés sont d'une extraordinaire qualité, et empreintes d'un intense lyrisme. Outre Krasa, dont le Brundibar fait l'objet de plusieurs versions discographiques, Viktor Ullmann, Pavel Haas et Gideon Klein se détachent particulièrement. Enregistrées aujourd'hui par les meilleurs interprètes, leurs œuvres - dont une partie seulement nous est parvenue - permettent de comprendre à quel point la Shoah est une tragédie non seulement humaine, mais culturelle : les chefs-d'œuvre laissés par ces jeunes gens assassinés auraient auguré, dans d'autres circonstances, de destins artistiques majeurs.

Il est permis de penser que les grandes révolutions musicales de la seconde moitié du 20e siècle, sans en être foncièrement bouleversées, auraient éprouvé leur empreinte et leur influence.
Gideon Klein était le plus jeune d'entre eux, et sa mort, considérée comme la plus grande perte de la musique tchèque. Né en 1919, pianiste virtuose, il donnait à Terezin de nombreux récitals, se servant de sa seule mémoire pour interpréter un vaste répertoire. Sa Sonate pour piano poursuit un atonalisme libre, un expressionisme, proches d'Alban Berg mais très personnels ; son Trio à cordes utilise des éléments folkloriques moraves, qui évoquent Janacek et Bartók.

Viktor Ullmann, ancien élève d'Arnold Schönberg, laissait plus librement cours à sa veine romantique. Sa rencontre avec l'enfer de Terezin devait raviver le sentiment de son identité juive : dans le camp, il compose des mélodies sur des textes hébraïques et yiddish. Parmi ses vingt-cinq (!) pièces écrites à Terezin, se détache l'opéra L'Empereur d'Atlantis, satire saisissante du totalitarisme, qu'il n'entendra jamais… Comme le raconte Alexander Goldscheider, Ullmann, craignant le pire, n'emportera pas ses œuvres avec lui lorsqu'il est déporté vers Auschwitz. Il laissera des instructions pour que ses partitions soient transmises secrètement de main en main. Grâce au courage de ses amis, ses œuvres lui survivront.

Quant à Pavel Haas, seules trois de ses pièces écrites à Terezin nous sont parvenues, dont les Quatre Chants sur des Poèmes Chinois, tour à tour désespérés et nostalgiques. Ils évoquent une terre natale, lointaine, que l'auteur languit de revoir un jour. Pour Haas, pas plus que pour Ullmann, Krasa, Klein et leurs compagnons de talent et d'infortune, cet espoir ne se réalisera.


Discographie sélective :

Pavel Haas : Quatuors à cordes, par le Quatuor Kocian. Praga Digitals, dist. Harmonia Mundi.

Music from the Holocaust : œuvres pour piano de Haas, Ullmann, Klein, Karel Berman, par Paul Orgel, disque Phoenix PHCD 161

Hans Krasa : Brundibar. Dir. Joza Karas. Channel Classics Records, collection Composers from Theresienstadt.

Viktor Ullmann: Symphonies n°1 et n°2, Six Lieder, Don Quixote Tanzt, Fandango. Dir. James Conlon, Capriccio 67017.

"La Shoah fut le fruit noir de l’antisémitisme"




Père Patrick Desbois
"Nous travaillons pour que le Monde sache qu’il y a eu des Hommes et des Femmes qui voulurent construire un Monde en éradiquant de la Terre le peuple du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. La Shoah fut le fruit noir de l’antisémitisme."(Père Patrick Desbois)

"Je sais, depuis, que les morts dépendent entièrement de notre fidélité." (Guillaume Ribot, photographe)

"Depuis plus de 5 ans, l'association Yahad-in Unum - "Ensemble" en hébreu et en latin part en Biélorussie et en Ukraine pour rechercher les fosses communes des Juifs, des Tziganes fusillés entre 1941 et 1944 par les unités du II° Reich.

Les voisins ukrainiens et biélorusses des Juifs assassinés veulent parler avant de mourir.

Ils avaient été réquisitionnés par les nazis pour creuser les fosses, au petit matin, pour transporter les Juifs du village à la fosse en chariots, à cheval, pour combler les fosses alors que les Juifs ne sont bien souvent que blessés par les tirs, Yahad-in Unum a retrouvé plus de 850 sites d’extermination, la plupart étant inconnus, et établi les preuves balistiques, archivistiques, de mémoire orale, qui montrent sans aucun doute possible que des femmes, des enfants, des vieillards ont été fusillés en Ukraine et en Biélorussie, uniquement parce qu’ils étaient Juifs. A Bodgdanivka, la fosse contient plus de 42000 juifs. Plus de deux millions de juifs ont été tués comme des animaux et enterrés comme des animaux dans des fossés, derrière les églises, dans des parcs. C’était la Shoah par balles.

A l’Est de l’Europe la vérité de la Shoah réside dans la conscience des pauvres. Il y a une semaine j’étais en Biélorussie avec mon équipe. Ivan, 78 ans, raconte : Chaque fois que les nazis assassinaient des familles juives dans le Ghetto de Brest, nous, les prisonniers soviétique, étions forcés d’emballer dans des grandes caisses en bois les biens des juifs pour les vendre aux enchères sur le marché. Dans chaque caisse nous devions mettre une paire de chaussure, une robe, des bijoux, puis fermer la caisse. Après l’extermination totale du Ghetto, il a fallu faire venir plusieurs camions pour emmener les caisses des biens juifs au marché de la ville. Les pauvres gens de l’Est veulent aujourd’hui que nous sachions qu’un continent entier fût transformé en continent d’extermination. Hanna, tremblante, les yeux baissés murmure : Moi j’ai été forcée de marcher sur les corps des Juifs après chaque fusillade pour faire de la place dans la fosse. Puis ma classe de jeunes filles juives est arrivée. Ils ont tiré. J’ai du marché sur elles comme les autres. Nous avons retrouvé plus de 900 témoins ukrainiens ou biélorusses présents aux fusillades des juifs.

Pourquoi Yahad-in Unum sacrifie son énergie pour retrouver les fosses des Juifs tués dans la Shoah par balles ? Tout d’abord pour leur rendre dignité et qu’ils puissent enfin recevoir un Kaddish. Ils ont été tués comme des animaux et enterrés comme des bêtes. Aujourd’hui bien souvent, des maraudeurs ouvrent les fosses pour chercher l’or dentaire. Mais aussi parce qu’il y a aujourd’hui sur notre planète des individus et des groupes qui organisent une propagande pour prétendre que la Shoah n’a pas existée, que c’est un mensonge pour justifier la naissance d’Etat d’Israël. Le négationnisme n’est pas une position intellectuelle. Il n’y a pas de négationniste sans antisémitisme. Le négationnisme veut ôter de façon odieuse toute légitimité au peuple juif.

Certains négationnistes se prétendent catholiques, d’autres sont président de l’Iran, tous sont issus de la même lignée. Le négationnisme est un héritage d’Himmler et d’Heydrich qui en juillet 42 ont décidé de déterrer et brûler les corps des juifs fusillés dans l’opération secrète appelée 1005. L’opération 1005 était la maison mère des négationnistes. Ne l’oublions pas ! Le premier négationnisme était un négationnisme de brasiers.

Yahad-in Unum, ensemble nous ne travaillons par pour demain, mais pour après-demain lorsque les survivants seront rares parmi nous. Nous travaillons pour que le Monde sache qu’il y a eu des Hommes et de Femmes qui voulurent construire un Monde en éradiquant de la Terre le peuple du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. La Shoah fut le fruit noir de l’antisémitisme.

L’antisémitisme est un péché contre Dieu et contre l’Humanité, répétait le pape Jean Paul II.

Malheureusement un péché ne meurt jamais. Beaucoup cherchent à ce que nos voix se taisent. Nous ne nous tairons pas, car le sang d’Olga, 4 ans fusillée à Simferopol, de Itzrik, 7 ans fusillé à Busk, d’Edip, 16 ans fusillé à Tarnopil. Le sang d’Abel assassiné par Caïn ne cesse de crier vers le Ciel.

Nous ne voulons pas, nous ne pouvons pas, condamner les Enfants assassinés dans la Shoah au silence, nous ne voulons pas, nous ne pouvons pas construire un monde moderne sur les milliers de fosses communes inconnues des juifs assassinés. Nous ne voulons pas, nous ne pouvons pas bâtir le monde en demandant à Abel de se taire."


Père Patrick Desbois
Discours prononcé lors du Yom Hashoah le 20 avril à Genève

Photo : D.R.
Source: CRIF

Guillaume Ribot, les yeux sur la Shoah

jeudi 23 avril 2009

Un Arabe parmi les Justes



Photo: DR , JPost
Par MORDECAI PALDIEL


Jusqu'à présent, Yad Vashem a refusé de récompenser le Tunisien Khaled Abdoul Wahhab et de l'honorer du titre de Juste, affirmant que son geste, tout méritant qu'il soit, n'avait pas été réalisé au péril de sa vie. Condition élémentaire pour la nomination de Justes depuis la création du musée de la Shoah, le principe de "au péril de sa vie a subi, au fil des années, diverses interprétations.

Comme l'avait fait remarquer le juge Moshé Bejski, président de la Commission pour la Désignation des Justes pendant 25 ans (de 1970 à 1995), ce critère n'impliquait pas que le sauveteur devait avoir le couteau sous la gorge quand il offrait son aide aux Juifs. Le seul fait de se placer en situation périlleuse ou d'être menacé constituait un risque (c'est d'ailleurs Bejski lui-même qui a initié à cette nuance).

L'exemple de Paul Héritier illustre bien cette situation. Résidant de Chamalières (dans la région de Clermont-Ferrand), il possédait aussi une maison de vacances à Chaumargeais, village situé à quelque 75 kilomètres, qu'il mit à la disposition d'André Chouraqui pour des opérations de résistance sous le régime de Vichy en 1942. Héritier ne vivait pas dans cette maison secondaire, visitait rarement la région, et n'était impliqué en aucune manière dans les activités de Chouraqui. Et pourtant, en 1991, il reçu le titre de Juste. Avec pour justification : bien qu'il n'ait pris aucun risque pour sa vie - les autorités vichystes n'imposant pas la peine de mort aux personnes secourant des Juifs - arrestation voire emprisonnement restaient toujours possibles. Donc, "risque" il y avait.

Nombreux sont les exemples d'hommes et de femmes qui ont porté, de diverses manières, assistance à des Juifs et que Yad Vashem a déclaré Justes même si les risques encourus, certes réels, ne menaçaient pas directement leurs vies. C'est le cas du pasteur André Trocmé qui a transformé le village français de Chambon-sur-Lignon en havre de paix pour des centaines (voire des milliers) de Juifs. Aux questions des gendarmes dépêchés sur place suite à une visite de Georges Lamirand, ministre dans le gouvernement de Vichy, il répondra simplement qu'il continuerait de protéger les Juifs fuyant le nazisme. Il sera emprisonné un certain temps puis libéré. En 1971, Yad Vashem lui a rendu hommage en l'honorant, lui et sa femme Magda, du titre de Juste.

Quant à Khaled Abdoul-Wahhab, il a conduit dans son minibus, après un couvre-feu, un groupe d'une vingtaine de Juifs depuis l'usine d'huile désaffectée de Mahdia (Tunisie) où ils étaient parqués, à sa résidence. Le petit groupe est resté cloîtré près d'un mois dans sa ferme, à 30 kilomètres de la ville, à l'abri de toute menace allemande. Des faits entièrement confirmés par deux de ses protégées, Annie Boukris et Edmée Masliah.

Lors de son témoignage, Annie Boukris s'est vue demander de but en blanc, si, selon elle Khaled Abdoul-Wahhab avait pris des risques en agissant ainsi. Elle a énergiquement affirmé qu'il aurait pu être tué. Peut-être exagérait-elle les risques, peut-être pas. Mais comment savoir, alors que les Allemands avaient les pleins pouvoirs et réduisaient la population juive à l'esclavage et au paupérisme, comme première étape de leur plan diabolique ?

Khaled Abdoul-Wahhab n'a-t-il pas mis en péril sa propre sécurité et son propre confort ? N'a-t-il pas risqué d'être interrogé, voire arrêté par les Allemands ? Le colonel SS Walter Rauff (l'inventeur des chambres à gaz en Pologne), affecté en Tunisie, n'a pas tardé à faire subir des sévisses aux dirigeants juifs, à envoyer des milliers de Juifs aux travaux forcés - où certains ont péri - et esquissait déjà des plans pour de futures déportations vers les camps de concentration (pour plus de détails, se référer à Michel Abitbol : Les Juifs d'Afrique du Nord sous Vichy). Quand Khaled Abdoul-Wahhab cachait ces deux familles dans sa propriété, il prenait le soin de leur faire enlever leur étoile chaque fois que des Allemands venaient de la base de la Croix-Rouge voisine, évitant ainsi tout risque pour ses protégés comme pour lui-même. Puis, les armées britannique et américaine ont rapidement vaincu les Allemands et la Tunisie sera libérée le 6 mai 1943. C'est donc sains et saufs que les Juifs d'Abdoul-Wahhab ont recouvré la liberté.

Paul Héritier, qui n'avait accueilli aucun Juif dans sa résidence secondaire, mais seulement autorisé une personne à l'occuper en son absence, a été reconnu comme Juste. S'il avait été arrêté, les autorités n'auraient jamais envisagé la peine de mort. En fait, sur aucun registre ne figure l'exécution d'un Français par le régime de Vichy pour avoir aidé ou même hébergé des Juifs. Et pourtant, on a refusé le titre de Juste à Abdoul-Wahhab. Non pas parce qu'il n'a pris aucun risque, mais parce que Yad Vashem a choisi d'appliquer pour la Tunisie les strictes conditions concernant les sauveteurs en Pologne. Et ils ont jugé que sa vie n'était nullement en danger.

Enfin, il est important de souligner que la Commission chargée de la désignation des Justes opère à deux niveaux : il existe trois sous-commissions qui traitent des affaires simples, claires et sans polémiques, et une commission plénière qui, elle, est affectée aux cas complexes pouvant être longuement débattus - à l'exemple de celui de Khaled Abdoul-Wahhab. Ainsi, pourquoi Yad Vashem n'a pas choisi de soumettre à cette dernière ce cas précis, à la lumière des nouvelles preuves apportées ? L'administration du musée a-t-elle préféré se réserver le droit de trancher elle-même sur le sujet, ignorant le rôle de la commission réservée à cet effet ?


L'auteur est l'ancien directeur du Département des Justes parmi les nations de Yad Vashem et enseigne actuellement à la Yeshiva University de New York.

mercredi 22 avril 2009

La route souillée de l'or nazi



Hélène Jaffiol

"Des dents, des alliances, des bijoux devenus lingots. A la libération des camps de la mort, le monde découvre avec horreur les traces d'un butin maculé de sang."

"Après la guerre, les lingots d'or marqués du sceau nazi trouvent des abris imprévus. En mai 2000, le sanctuaire catholique de Fátima confirme en avoir détenu, jusque dans les années 1980. Avant de les dépenser pour rénover ce lieu vénéré par de nombreux catholiques."

Secret soigneusement gardé jusque dans les années 1990, la route de l'or nazi met au jour une histoire souterraine à travers la Suisse, la péninsule ibérique, la Suède, la Turquie... et même la Chine.

Source: article repris du site du Jerusalem Post

"La partie visible d'un iceberg qui cache un sombre circuit à travers l'Europe. Le trésor noir du IIIe Reich a été entouré d'un épais voile de mystère avant que les premières révélations émergent timidement dans les années 1990. Des trains remplis de lingots d'or ont foulé les voies ferrées du Vieux continent.

Principale accusée : la Suisse, pierre angulaire d'un trafic qui implique tous les pays dits "neutres" : l'Espagne, le Portugal, la Suède, la Turquie...

Difficile de connaître l'origine d'un métal sur lequel le crime ne laisse aucune trace. Dans les caisses nazies : le trésor d'un pillage aveugle, les coffres-forts des pays vaincus mais aussi le maigre pécule arraché des valises à l'entrée des camps de la mort.

Un homme a la sinistre besogne d'en faire l'inventaire : Bruno Melmer. Officier SS et fonctionnaire méthodique, il appartient au service économique de la machine nazie.

Les effroyables listes de comptes de Belmer ont été mises au jour par les enquêteurs américains de la Division des Opérations spéciales (DOS). 29 colonnes qui détaillent l'inimaginable : "or dentaire", "bagues en or et en argent", "couteaux, fourchettes, bijoux", "montres", "sacs"... Un butin qui atteindrait les 40,5 millions de dollars actuels. Un calcul encore incomplet, selon les experts. D'autant plus que ces estimations ne prennent pas en compte le butin de l'opération Reinhard - l'extermination des Juifs de Pologne - soit 3,9 millions de dollars.

Sitôt sortis de l'enfer d'Auschwitz, Sobibor, Treblinka, les cargaisons de Belmer franchissent les portes grandes ouvertes de la Reichsbank, la banque nationale allemande. Première étape d'une route de l'or à travers toute l'Europe. Certaines destinations sont aujourd'hui connues, d'autres restent encore tapies dans l'ombre.

La Suisse : coffre-fort nazi
Le choix de la république helvétique répond à un calcul simple. A l'époque, le franc suisse assure le rôle d'unique devise encore convertible sur le marché mondial. Economie prospère, la Suisse assure aux nazis l'acquisition d'une monnaie forte, indispensable à son effort de guerre. Le pays "neutre" devient le quartier général des transactions nazies, le commandant d'un navire que les Helvètes ont choisi délibérément de maintenir à flot.

Selon la commission Bergier, mise en place dans les années 1990 pour faire la lumière sur ce passé trouble, plus de 2,5 milliards de dollars ont transité par la banque centrale suisse. Dont l'or désormais incolore des camps de la mort. La commission Bergier met en évidence un autre aspect troublant.

A partir de 1941, la Suisse sait parfaitement que les lingots nazis ne sont rien d'autre que de l'or volé. Pourtant, l'année suivante marque l'apogée des relations pécuniaires entre les deux pays. A partir de 1943, les Alliés multiplient les avertissements contre ce trafic lucratif. La Suisse tourne la tête et regarde ailleurs. La dernière transaction avec le régime nazi a lieu le 13 avril 1945. Face à ce réquisitoire, les arguments de défense paraissent bien faibles : "Nous étions neutres. Pourquoi accepter l'or allié et non pas celui des Allemands ?" Devant leur passé trouble, les banques helvètes se sont longtemps retranchées derrière une bonne foi de façade.

Portugal : de l'or dans le sanctuaire catholique de Fátima
L'or nazi ne s'est pas arrêté aux coffres-forts suisses. Il en a juste fait un abri douillet avant de poursuivre sa route vers d'autres contrées. L'Espagne et le Portugal ont largement profité des livraisons nazies.

Les deux pays de la péninsule ibérique possèdent, en effet, un autre métal précieux fortement convoité par les nazis : le Wolfram, miraculeux pour renforcer l'acier des engins de guerre allemands.

Wolfram contre or, le trafic est très lucratif en particulier pour la dictature de Salazar [photo]. Après Berne, Lisbonne aurait été le deuxième bénéficiaire du butin nazi. De 1939 à 1944, le Portugal aurait acheté ou échangé 164 tonnes d'or du IIIe Reich par l'intermédiaire de la Suisse.

Sur sa route, l'or portugais bénéficie de la bienveillance de Vichy qui offre ses wagons pour transporter ce butin clandestin. Centre névralgique du trafic ibérique : la gare espagnole de Canfranc encastrée dans la chaîne pyrénéenne.

Le sombre marché est connu dès 1946 par les services américains de la DOS. Un document, marqué top secret, l'atteste. Des responsables suisses qui ont suivi la route de 280 véhicules chargés d'or, vers le Portugal et l'Espagne entre 1943 et 1944, acceptent de témoigner contre une protection. Ceux qui se sont grassement enrichis sentent, en effet, le vent tourner.

Après la guerre, les lingots d'or marqués du sceau nazi trouvent des abris imprévus. En mai 2000, le sanctuaire catholique de Fátima confirme en avoir détenu, jusque dans les années 1980. Avant de les dépenser pour rénover ce lieu vénéré par de nombreux catholiques.

Lingots contre minerais de fer suédois
Le butin du IIIe Reich n'a pas seulement emprunté les routes du Sud. Les caisses nazies ont également foulé le sol d'un autre pays "neutre", la Suède. Le royaume nordique, connu pour son histoire pacifiste, est pourtant un réservoir de guerre grâce à ses minerais de fer. Le marché avec les nazis ne peut que prospérer : des lingots d'or contre des livraisons de fer, maillon infernal de la machine de guerre d'Adolf Hitler.

Un sujet longtemps tabou dans un pays qui ne veut surtout pas faire parler de lui. Des chercheurs ont pourtant déterré cet épisode sombre des archives nationales à la fin des années 1990. Entre 1939 et 1944, 34,5 tonnes d'or en provenance de Berlin ont rejoint les coffres-forts suédois.

Comme la Suisse et l'ensemble des pays "neutres", la Suède connaissait la macabre origine de l'argent allemand. Mais le royaume fait la sourde oreille aux mises en garde des Alliés.

Turquie : les bons comptes font les bons amis
La route de l'or a quadrillé le Vieux continent jusqu'à rejoindre Istanbul et les confins du Moyen-Orient. Le régime nazi a pu compter sur son ancien allié de 1914. Selon la Division des Opérations spéciales de Washington, près d'un million de dollars, issu des sombres comptes du SS Belmer, a rejoint le marché turc.

L'objectif des nazis : garantir aux banques allemandes un stock de devises étrangères et financer les opérations secrètes d'agents en Turquie. Des liens cousus d'or ont émaillé les relations entre les deux pays jusque dans les années 1960.

Comme le prouve un épisode peu glorieux dans une Allemagne alors coupée en deux. Le 29 mai 1965, un avion décolle d'Istanbul vers Cologne avec l'aval du gouvernement fédéral allemand. A son bord : trois caisses remplies de pièces d'or. La Dresdner Bank veut récupérer les restes de son trésor nazi mis à l'abri en Turquie durant la guerre. Un choix motivé à l'époque par l'appât du gain. Grâce à l'inflation, le prix de l'or était beaucoup plus élevé à Istanbul qu'à Berne. Longtemps après la chute du régime nazi, l'Allemagne ne se résout toujours pas à voir filer son or.

En plein contexte de Guerre froide, l'examen des consciences reste encore un chemin inexploré. Cet épisode monétaire, mené dans le plus grand secret, sera révélé par l'Institut Hannah-Arendt de Dresde, à la fin des années 1990.

Aujourd'hui encore, la cartographie de l'or nazi reste incomplète et parsemée de nombreuses zones d'ombres et de paradoxes.

Les nations, qui ont le plus profité de l'argent souillé du IIIe Reich, ont souvent aussi été des asiles pour les populations persécutées. La Suède a ainsi accueilli près de 7 000 Juifs danois. Plus de 30 000 autres ont trouvé refuge en Espagne.

Pendant ce temps, des lingots nazis auraient franchi les mers vers l'Argentine, le Canada ou même la Chine... Légende ou réalité, le mystère demeure. Il s'explique en partie par les nombreux errements alliés à la fin de la guerre. L'Europe meurtrie a préféré ne pas creuser profondément un puits sans fond. En septembre 1946, les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni mettent en place une "commission tripartite pour la restitution de l'or monétaire". Sa mission : dédommager les nations spoliées par les nazis.

En l'absence d'étiquette "Auschwitz" sur les lingots, la commission a fait le choix de se limiter aux avoirs nationaux pillés comme ceux de la France, des Pays-Bas ou de la Belgique. L'or des camps de la mort a, lui, pu continuer sa route..."

lundi 20 avril 2009

COMMEMORATION DE LA SHOAH


Les cérémonies marquant la Journée du souvenir de la Shoah, le génocide nazi qui a tué de six millions de juifs, ont débuté ce dimanche à Varsovie où des centaines de personnes ont participé à l'inauguration d'une exposition de photos datant de la révolte du ghetto.

Par ailleurs, des dizaines de délégations de jeunes du monde entier sont déjà présentes dans le pays pour participer à la traditionnelle Marche des Vivants qui aura lieu mardi entre Auschwitz et Birkenau.

Les lieux de divertissement seront fermés en Israël, depuis ce soir, 20 avril jusqu’au lendemain, tandis que des cérémonies seront organisées un peu partout dans le pays.

Mais c’est à Yad Vashem que se tiendra la traditionnelle cérémonie nationale en la mémoire des 6 millions de juifs assassinés.

Cette année, le theme central choisi par les responsables du mémorial sera ‘les enfants et l’Holocauste’.

Un million et demi d’enfants juifs ont été tués pendant la Shoah.

240 000 survivants de l'Holocauste vivent aujourd’hui dans l’Etat hébreu, selon une étude du Fonds d'Assistance sociale des survivants de la shoah.

dimanche 19 avril 2009

Sans la Shoah, les Juifs seraient environ 30 millions



Le nombre global de Juifs se situerait aujourd’hui entre 26 et 32 millions si la Shoah n’avait pas eu lieu, a révélé dimanche 19 avril l’Université Hébraïque de Jérusalem.

Dans un article à paraître prochainement dans une publication rattachée au mémorial de la Shoah de Jérusalem, Yad Vashem, le professeur Sergio DellaPergola, statisticien analyse les conséquences démographiques de l’Holocauste.

« L’Holocauste a porté un coup sévère au tissu démographique, culturel et social du peuple juif de plusieurs façons et avec des conséquences de long terme », écrit ainsi Sergio DellaPergola.

Les estimations du statisticien prennent en compte la destruction des réseaux socio-culturels, et ses effets sur les mariages et la natalité, ainsi que la croissance des mariages mixtes corrélée à la répression antisémite, tout comme les effets sur la natalité du déséquilibre homme / femme ainsi généré, et également de la mort de nombreux enfants.

La fourchette ainsi obtenue par le professeur quant au nombre de Juifs qui pourrait exister aujourd’hui varie entre 26 millions et 32 millions.

La population juive mondiale est actuellement estimée à 13 millions. Alors qu’en 1939 les Juifs comptaient pour environ 16 millions 500 mille personnes, en 1945 on évalue à 11 millions l’effectif juif mondial.

mercredi 8 avril 2009

Décès d’un rescapé du ghetto de Varsovie



C’est toute une époque qui s’en va avec le décès de David (Yorek) Plonski z”l, rescapé du ghetto de Varsovie, qui a survécu à la tourmente en se faisant passer pour un marchand de cigarettes. Il s’est éteint samedi en Israël à l’âge de 83 ans après avoir consacré toute son existence au souvenir de la Shoah, par des conférences et des témoignages qu’il communiquait surtout à la jeune génération.

L’histoire de sa vie a été relatée dans un livre écrit en 1962 en Israël. Profitant de son teint clair et de sa bonne connaissance du polonais, il a en effet été l’un des “trafiquants” introduisant des denrées alimentaires et des armes à l’intérieur du ghetto et a même pris une part active à la révolte. Il n’a pu échapper à la mort qu’en se cachant au moment critique dans une bouche d’égout.

David Plonsky est né à Varsovie, en Pologne, en 1926, et lorsqu’il était encore petit, sa famille s’est installée à Otwock, dans la banlieue de la ville. Quand la guerre a éclaté, David et sa sœur ont dû aider leurs parents à subvenir à leurs besoins en travaillant dans des marchés de la capitale polonaise. En 1940, lorsque les Juifs de Varsovie et des environs ont été parqués dans le ghetto, David, qui n’avait alors que 14 ans, a dû assumer seul la subsistance de sa famille, s’exposant quotidiennement à de terribles dangers lorsqu’il faisait passer de la nourriture pour les siens.

En 1942, la superficie du ghetto a été réduite par les nazis et le passage des marchandises est alors devenu encore plus périlleux. Mais David a poursuivi malgré tout ses activités. Arrivé un jour chez lui, il a vu ses parents qui empaquetaient quelques affaires, ayant été avertis de se préparer pour un voyage en train. Sa mère l’a alors supplié de s’enfuir, le poussant par la fenêtre. C’était la dernière fois qu’il voyait ses proches. En effet, tous les Juifs d’Otwock ont été massacrés le lendemain.

Resté seul, il a rencontré des partisans qui l’ont chargé notamment de faire rentrer clandestinement des armes dans le ghetto et de communiquer des renseignements. En 1943, le soir du Seder, les troupes nazies se sont approchées du ghetto et le lendemain, elles ont tenté de l’investir, se heurtant à une résistance hors du commun de la part des combattants juifs. Lorsque le ghetto a finalement brûlé, anéanti par les forces barbares, il a trouvé refuge dans un égout où il s’est caché pendant plusieurs mois.

Par la suite, il est passé de l’autre côté et s’est fait passer pour un Polonais. C’est là qu’il a rejoint un groupe de garçons qui vendaient des cigarettes.

Lorsque la Pologne a été libérée en 1944, le jeune David s’est rendu à Lublin puis après la fin de la guerre, il a rejoint le mouvement du Shomer Hatsaïr, à Lodz, pour aider à rechercher des orphelins juifs. En 1948, David est monté en Israël au moment de la guerre d’Indépendance et a immédiatement rejoint les zones de combat. Puis il a fait partie des fondateurs du Kibboutz Meggido et c’est là qu’il a rencontré sa femme Alexandra, qui était elle-même une rescapée de la Shoah. Ils se sont mariés et ont eu trois enfants. Malheureusement, une nouvelle épreuve devait frapper le couple qui a perdu un de ses fils, Eytan , tombé pendant la guerre de Kippour.

David Plonski a consacré toute sa vie au souvenir de la Shoah, en travaillant notamment au Centre de Guivat Haviva. Il a donné de nombreuses conférences aux jeunes sur le sujet et se déplaçait en Pologne avec des groupes pour leur apporter son témoignage personnel.

En 1993, il avait accompagné le Premier ministre de l’époque Itshak Rabin, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la Révolte du Ghetto de Varsovie. Pour lui, il s’agissait d’une mission sacrée. Et en 2003, il a allumé un des flambeaux du Jour du Souvenir de la Shoah et de la Bravoure à Yad Vashem.

Ses obsèques auront lieu lundi, à 16 heures, au cimetière du Kibboutz Meggido. Le cortège sortira du Gan Eytan, du nom de son fils tué au combat.

par Claire Dana-Picard
arouts sheva

Une expo pour réactiver le souvenir des Juifs morts dans les camps



Claudine Germé et les bénévoles de la LICRA ont réalisé une installation autour du quotidien des Juifs pendant la guerre.
À découvrir à la mairie de Malo-les-Bains jusqu'au 17 avril, une exposition sur la Shoah et le destin des Juifs dunkerquois. À la partie informative réalisée en collaboration avec le Mémorial de la Shoah de Paris, succède une installation à base d'objets du quotidien d'avant-guerre. Pour se souvenir des Dunkerquois morts en déportation parce qu'ils étaient juifs.

Shoah ? ça veut dire « catrastrophe » en hébreu. Pour Claudine Germé, membre de la LICRA, qui a réalisé un diaporama et une installation sur la communauté juive à Dunkerque entre le Moyen-Âge et la Seconde Guerre mondiale, le mot est faible. « Six millions d'âmes retranchées à l'humanité ! Le monde ne serait pas ce qu'il est si ces gens n'avaient pas disparu. Parmi eux, combien d'artistes, combien d'inventeurs ?
» Depuis septembre, elle mène des recherches sur les Juifs dunkerquois déportés dans les camps pendant la guerre. S'appuyant sur les travaux de Jean-Marc Alcalay, membre de la LICRA et historien amateur, elle en a recensé 33, âgés de 6 à 70 ans, morts entre 1940 et 1943 à Auschwitz ou Sobibor. Ils n'ont pas été déportés depuis Dunkerque, évacuée en 1940. Mais ils étaient Dunkerquois. « La communauté a failli disparaître parce qu'ils étaient peu nombreux, mais ils ne doivent pas tomber dans l'oubli. S'il a pu y avoir 6 millions de morts juifs, c'est parce que des petites villes ont donné 5, 10, 20 ou 100 personnes. À Dunkerque, les décrets du Reich comme le port de l'étoile jaune étaient en vigueur comme ailleurs. » Et le nom de la ville est gravé dans les murs du Yad Vashem, le mémorial de l'Holocauste à Jérusalem.
Claudine Germé, qui avait déjà, l'an passé, réalisé des recherches sur la traite négrière à Dunkerque, se bat pour que ce travail de mémoire soit présenté et transmis aux jeunes générations. Mais s'insurge contre le peu de moyens accordés par les collectivités locales pour ce devoir de mémoire, « pourtant si politique ».
Système D
Pour cette exposition présentée à la mairie de Malo-les-Bains, l'association a dû recourir au système D. Pour l'installation, un brocanteur de Coudekerque-Branche, Marc Lenoire, a accepté de prêter gracieusement des meubles de son magasin. L'ordinateur qui diffuse le diaporama a été prêté par un fabricant. Mais les panneaux explicatifs fournis par le Mémorial de la Shoah sont très complets. Et l'exposition vaut le détour, à quelques semaines de la journée nationale de commémoration de la déportation, le 26 avril. • E. J.
> L'exposition est visible jusqu'au 17 avril à la mairie de Malo, tous les jours de 14 h à 18 h, sauf dimanche 12 et lundi 13.

La Voix du Nord

lundi 30 mars 2009

L'Inquisition, ancêtre des totalitarismes



Yves-Charles Zarka

""Aucune continuité directe ne relie la "pureté du sang" ibérique et l'antisémitisme racial de l'Allemagne nazie". C'est que l'administration du meurtre de masse des nazis, la logique de l'extermination donc, n'avait pas besoin d'un tribunal, fût-il inquisitorial."

Extraits de la critique de La Logique des bûchers de Nathan Wachtel, Éditions du Seuil, par Yves-Charles Zarka, repris du site du Figaro.
Selon Nathan Wachtel, professeur au Collège de France, le système de terreur froide mis en place par l'Inquisition espagnole anticipe les horreursdu XXe siècle.
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"[...] La tâche de l'Inquisition ne concernait donc pas les Juifs, mais les conversos, les convertis soupçonnés de pratiquer en secret la religion qu'ils avaient pourtant explicitement abjurée. Ceux qui croyaient sauver leur vie en devenant catholiques vont devenir l'objet d'une persécution impitoyable puisqu'elle aboutissait souvent au bûcher, mais aussi implacable parce qu'elle reposait sur un système administratif incroyablement précis, détaillé et, en outre, fiable : "L'Inquisition ne se trompe jamais", disait I. S. Révah. [...]
.
Ce système de terreur froide qui précède ou accompagne la terreur sanglante, ce système bureaucratique précis et rigoureux d'établissement de dossiers, de classification et d'archivage qui faisait qu'un individu pouvait être arrêté au Brésil pour une dénonciation faite au Portugal, est ce qui, selon Nathan Wachtel, fait la modernité de l'Inquisition. Cette thèse est, il faut le souligner, d'une grande importance. Contre l'extravagante idée, pourtant fort répandue encore aujourd'hui, selon laquelle le totalitarisme serait un produit de la raison et des Lumières, Nathan Wachtel montre que le système qui, par son fonctionnement et ses mythes (parmi lesquels celui de la race et de l'impureté du sang juif), est le plus proche des pratiques totalitaires modernes, c'est l'Inquisition.
.
Mais, là encore, il y a bien sûr des différences majeures soulignées d'ailleurs dans le livre : "Aucune continuité directe ne relie la "pureté du sang" ibérique et l'antisémitisme racial de l'Allemagne nazie" (p. 23). C'est que l'administration du meurtre de masse des nazis, la logique de l'extermination donc, n'avait pas besoin d'un tribunal, fût-il inquisitorial."


Illustrations: Lisbonne: mémorial aux victimes du massacre de 1506

http://philosemitismeblog.blogspot.com/

samedi 28 mars 2009

Yom Ha'Shoah à Genève : Commémoration de Yom Hashoah


A l’occasion de la Journée du Souvenir de la Shoah (Holocauste), les communautés juives de Genève organisent une importante cérémonie commémorative.

Cette cérémonie, à laquelle sont associés des survivants et des représentants d’autres groupes persécutés par les nazis, réunit des délégations de diverses communautés religieuses et des autorités politiques.

Cette cérémonie a lieu le soir du 20 avril, selon la date du calendrier hébraïque, et comme cela se passe depuis 1959 dans les communautés juives du monde entier.

Cette cérémonie se déroule cette année sur la Place des Nations, lieu symbolique puisque s’ouvre le même jour, dans le cadre des Nations Unies à Genève, une conférence majeure consacrée à la lutte contre le racisme (Conférence d’examen de Durban). C’est ainsi l’occasion de rappeler de manière forte que, des formes de racisme, comme l’antisémitisme, peuvent conduire aux pires crimes contre l’humanité.

Notre commémoration se fait sous le double signe de la dimension universelle de la Shoah et du refus de la relativisation.

Dans cet esprit, notre cérémonie rend hommage à deux personnalités qui ont édifié sur les cendres de la Shoah des textes fondamentaux dans la lutte pour l’amélioration de l’humanité et le refus de la banalisation des crimes. Il s’agit de René Cassin, principal rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme des Nations Unies et de Raphaël Lemkin, principal rédacteur de la Convention contre le génocide des Nations Unies.

Inspiré par l’esprit de Genève, c’est d’une voix unie et forte que nous voulons envoyer le message universel appris de la Shoah : « Plus jamais ça ».


http://www.yomhashoah09.org/

vendredi 27 mars 2009

La charge de Jacques Chirac contre les négationnistes



Jacques Chirac a participé, vendredi à l'Unesco avec Simone Veil, au lancement du projet Aladin, initié par la Fondation de la mémoire de la Shoah. Crédit photo : François Bouchon / Le Figaro.


L'ancien président de la République prône l'enseignement de la Shoah dans les pays arabes.

«Le drame de la Shoah interdit l'oubli. Il impose la pudeur. Il fait exploser la colère au cœur de chaque homme de bonne volonté, lorsque la Shoah est contestée.» Silencieux depuis plusieurs mois, Jacques Chirac a choisi de s'exprimer sur un thème qui avait déjà marqué sa présidence. Vendredi, à l'Unesco, l'ancien chef de l'État a apporté un soutien appuyé au projet Aladin initié par la Fondation de la mémoire de la Shoah. Un projet destiné à lutter contre le négationnisme, en particulier dans les pays arabes.

Jacques Chirac a insisté sur le fait qu'il ne s'agissait pas de vouloir « aire porter aux pays musulmans une culpabilité qui n'est pas la leur». Il a cependant souligné l'importance de «faire connaître la Shoah, pour la faire sortir du silence que l'on a fabriqué autour d'elle, dans beaucoup de pays». Pour lui, les raisons de ce silence sont simples : «Évoquer la Shoah risquait de susciter dans ces pays un sentiment de sympathie pour les Juifs et l'existence d'Israël. Alors, a-t-il dit, on l'a cachée.»

L'ancien président s'est inquiété du fait que «les conflits incessants du Proche-Orient servent aujourd'hui de prétexte à une nouvelle haine d'Israël. Elle est en train de devenir une nouvelle haine des Juifs ; cette haine se répand», a-t-il observé. Elle peut être le débutd'un nouveau cauchemar. Chirac insiste : «Il n'y aura pas de paix au Proche-Orient tant qu'il n'y aura pas de reconnaissance et acceptation de l'État d'Israël.» Et ajoute : «Mais il n'y aura pas reconnaissance mutuelle réelle sans assentiment des peuples (…) sans une compréhension plus intime.»

Celui qui avait reconnu la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs de France, dans son discours du Vél'd'Hiv, en juillet 1995, estime que ce projet Aladin s'inscrit dans le cadre du combat qu'il mène à la tête de sa propre Fondation pour le dialogue entre les cultures. Ce projet, sur son site Internet, propose un contenu pédagogique en plusieurs langues, dont le turc, l'arabe ou le farsi, sur l'histoire de la Shoah et celle du judaïsme. Il est soutenu par plus de 200 personnalités arabo-musulmanes.

« Les falsifications de l'histoire »

Mais Jacques Chirac ne s'est pas seulement adressé à cette partie du monde, soulignant, dans son intervention, que «nul pays, nulle culture ne sont immunisées contre la tentation du génocide». Il a par ailleurs souligné, une nouvelle fois, que «nous ne devons jamais accepter comme démocratiques les partis qui propagent la haine». «L'accord trouvé entre libéraux, démocrates chrétiens, socialistes et communistes dans l'après-guerre pour rejeter les partis de la haine doit être considéré comme un acquis définitif de la démocratie européenne», a-t-il ajouté. Une allusion claire aux propos tenus par Jean-Marie Le Pen, mercredi, dans l'hémicycle du Parlement de Strasbourg. Le président du Front national avait réaffirmé qu'il considérait les chambres à gaz comme «un détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale».

Depuis son départ de l'Élysée, Jacques Chirac, en tête des personnalités politiques dans le baromètre Ifop/Paris Match, s'en tient à des interventions peu nombreuses et exclusivement consacrées aux grands enjeux mondiaux, comme son discours sur l'accès à l'eau au Proche-Orient.

De son côté, dans un message lu par la garde des Sceaux et maire du VIIe arrondissement de Paris, Rachida Dati, le président Sarkozy n'a pas évoqué Jean-Marie Le Pen mais fait allusion aux propos négationnistes tenus par l'évêque catholique intégriste Richard Williamson. Des déclarations qu'il a jugées «indignes, d'autant plus honteuses et condamnables, qu'elles émanent d'un homme de foi». Des déclarations qui rappellent aussi «l'urgence d'agir contre les falsifications de l'histoire».

«Toutes» les falsifications , a souligné Abdoulaye Wade, président du Sénégal et président de l'Organisation de la conférence islamique, pour qui le négationnisme ne doit pas occulter d'autres formes «d'oubli du passé ou de dénaturation des faits», relatifs, en particulier, à la colonisation.

Sophie de Ravinel
http://www.lefigaro.fr/politique/

samedi 14 mars 2009

Celui qui n'a pas voulu jouer le rôle d'Esther en 1944...


Photo: JPost

Par RAFAEL MEDOFF

Il y a soixante-cinq ans tout juste, les Juifs américains se rassemblaient dans les synagogues pour fêter Pourim. Cette fête juive rappelle comment une femme a utilisé de son influence auprès du roi de Perse pour sauver la communauté juive du génocide programmé par le vil Aman. Mais en ce mois de mars 1944, ce que ces Juifs ne savaient pas, c'est qu'à l'instant même où ils lisaient leurs méguilas (rouleaux d'Esther) et agitaient leurs crécelles, un conseiller juif du président Roosevelt usait à son tour de son influence pour porter secours aux Juifs européens persécutés par les nazis.

Au début de l'année 1944, des millions de Juifs avaient déjà été assassinés par le Aman contemporain, mais beaucoup d'autres ne demandaient qu'à être sauvés.

Si l'administration de Franklin Delano Roosevelt (FDR) a longtemps refusé d'agir, en janvier 1944, sous de fortes pressions de la part des membres du groupe sioniste révisionniste Bergson, du Congrès et du Département du Trésor, le président américain mettra tardivement en place un Conseil des réfugiés de guerre, dont l'objectif officiel était de porter secours aux victimes de l'horreur nazie.

Sous la direction des avocats du Trésor John Pehle et Josiah E. DuBois, Jr. - deux protestants - c'est avec une passion et une détermination hors du commun que le Conseil s'attelle à la tâche, malgré les fonds symboliques qui lui sont consacrés.

L'une des premières propositions sera de proposer à Roosevelt de faire une déclaration pour clairement stipuler que toute personne impliquée dans la persécution de Juifs sera punie et que les Juifs en péril peuvent trouver un refuge aux Etats-Unis. Pehle et DuBois jugeaient une telle déclaration nécessaire, en partie suite aux récents propos décevants des Alliés à propos des Juifs européens. En effet, les ministres américain, britannique et soviétique des Affaires étrangères avaient évoqué au cours d'un sommet à Moscou en octobre, la punition infligée aux auteurs de crimes de guerre nazis sur les populations conquises. Mais ils s'étaient contentés de mentionner les "otages français, néerlandais, belges ou norvégiens... et les citoyens polonais...", sans qu'aucune allusion ne soit faite aux premières victimes du IIIe Reich : les Juifs.

Arthur Szyk, célèbre artiste, rescapé de la Shoah, fait remarquer que la souffrance des Juifs d'Europe a été "traitée comme un sujet tabou - qui ne doit pas être abordé en société". Ainsi, mobiliser l'intérêt public sur le sort réservé aux Juifs aura été d'autant plus difficile que l'identité des victimes était soigneusement occultée. En outre, le message aux nazis était clair : le monde est indifférent à la question juive.

Une déclaration trop morbide

Après avoir consulté le secrétaire au Trésor Henry Morgenthau, Pehle et DuBois ont donc préparé une ébauche de déclaration. Mais cette dernière fera sursauter. Le secrétaire adjoint de la guerre John McCloy voudra édulcorer le texte pour le rendre "moins morbide". Les officiels du Département d'Etat s'y opposeront tout de go, au motif que les Allemands l'utiliseraient comme preuve que les Alliés ne se battaient que pour sauver les Juifs. La Maison Blanche, elle aussi, a émis des objections, comme Pehle le découvrira dans la soirée du 8 mars 1944, lors de sa rencontre avec Samuel Rosenman, plus proche conseiller juif de FDR et l'un des principaux membres du Comité juif américain.

Au bout de la rue où se situait le bureau de Rosenman du bureau, à Washington, s'érigeait la célèbre synagogue Adas Israël, où la fête de Pourim battait son plein. Les fidèles écoutaient le récit de l'antique histoire de Pourim, racontant comment la reine Esther a plaidé sa cause auprès du roi Assuérus pour faire échouer le machiavélique plan d'Aman qui voulait anéantir les Juifs.

Une reine, mais pas de nouveau roi

Rosenman avait l'opportunité de devenir l'Esther des temps modernes. Seul problème : Rosenman est un Juif profondément assimilé, qui a toujours rechigné à attirer l'attention sur les préoccupations de sa communauté. Déjà, après le pogrom de la Nuit de Cristal en 1938, il avait averti FDR que l'admission de réfugiés risquerait de "créer un problème juif aux Etats-Unis". En 1943, il avait conseillé à Roosevelt d'ignorer la "horde médiévale" de quatre cents rabbins en marche vers la Maison Blanche pour plaider la cause de leurs coreligionnaires. Rosenman avait également tenté d'étouffer la campagne qui avait mené à la constitution du Conseil des réfugiés de guerre.

En ce mois de mars 1944, avec l'affaire de la déclaration présidentielle, Rosenman avait pourtant une nouvelle chance de faire une bonne action. Mais malheureusement, il en a décidé autrement. Il avertit Pehle avoir "conseillé au président de ne pas signer la déclaration en raison de sa référence trop claire aux Juifs". Selon Rosenman, de tels propos "intensifieraient l'antisémitisme aux Etats-Unis". Pehle est à la fois surpris et déçu de la position de Rosenman.
Le jour suivant - Pourim - Pehle s'entretient avec le vice-secrétaire d'Etat Edward Stettinius, puis avec Morgenthau, secrétaire au Trésor. Il est devenu évident, dit ce dernier à Pehle, que Rosenman a préalablement monté le président contre leur projet : Roosevelt avait en effet déjà avancé que le libellé "désignait les Juifs de manière trop explicite".

Rosenman planchait déjà sur une version revisitée de la déclaration. Morgenthau redoutait de voir disparaître le second paragraphe, "très violent", dans lequel il était stipulé que les Juifs étaient assassinés "uniquement parce qu'ils étaient juifs". Des inquiétudes fondées, puisque bien évidemment, l'alinéa n'a pas survécu aux coupes de Rosenman.

Ce dernier a opéré d'autres modifications importantes. Il a rayé trois des six références aux Juifs. La promesse d'offrir aux réfugiés temporaires un abri en Amérique s'est transformée en : "Nous allons trouver des refuges pour eux", sans préciser que les Etats-Unis seraient cette terre d'accueil. Trois paragraphes ont été ajoutés au début de la déclaration, sur les mauvais traitements infligés par les Allemands aux "Polonais, Tchèques, Norvégiens, Hollandais, Danois, Français, Grecs, Russes, Chinois Philippins - et de nombreux autres" - mais nullement aux Juifs. Le sort des Juifs a été relégué au quatrième alinéa.


La version finale de la déclaration a été publiée plus tard ce mois de mars 1944. Evidemment, c'était mieux que rien, mais elle aurait pu avoir beaucoup plus d'impact. Et son destin a auguré les obstacles que le Conseil des réfugiés de guerre allait rencontrer, au sein de l'administration Roosevelt elle-même, dans ses efforts de mener à bien sa mission.

Le fait que tout cela ait eu lieu à Pourim relève, bien sûr, d'une certaine ironie. La reine Esther et Samuel Rosenman se trouvaient tous deux à des positions uniques qui leur permettaient d'inciter la plus haute autorité à agir en faveur des Juifs. La réaction héroïque d'Esther a été pérennisée par la célébration de la fête de Pourim. La question est de savoir si Rosenman aurait pu lui aussi changer le cours de l'Histoire en suivant l'exemple de l'héroïne juive.


L'auteur est directeur de l'Institut David S. Wyman d'études sur la Shoah.
Site Internet : www.wymaninstitute.org.

Lanzmann, l'éternel combattant


Crédits photo : Photos12.com-CollectionCinéma
Par Max Gallo
de l'Académie française

Dans ses Mémoires, le réalisateur du film «Shoah» évoque avec force les grands débats et conflits du XXe siècle auxquels il a été mêlé.


«Shoah, qu'est-ce que cela veut dire ?»

Claude Lanzmann, l'auteur du film, répond : «Je ne sais pas, cela veut dire Shoah.»

Le mot s'est imposé à lui, une nuit, alors qu'il vient de terminer, en 1985, ce film de neuf heures trente, qui est le monument impérissable de la mémoire de ce que les nazis ont voulu, mis en œuvre : la tentative de destruction, d'anéantissement du peuple juif.

Shoah, ce terme qui apparaît dans la Bible.

«Mais il faut traduire, personne ne comprendra», dit-on à Lanzmann. «C'est précisément ce que je veux, que personne ne comprenne», répond-il.

Voilà près d'une décennie qu'il construit ce film, déployant une créativité, une énergie, une intelligence, un courage dont nous prenons conscience en lisant ses Mémoires, Le Lièvre de Patagonie.

Mais au moment de présenter ce film, pour la première fois, il faut un titre : «Je me suis battu pour imposer Shoah, raconte-t-il, sans savoir que je procédais ainsi à un acte radical de nomination.» Shoah, le mot s'est imposé. «Il est maintenant un nom propre, le seul donc et comme tel intraduisible.»

Sur ce point, Claude Lanzmann se trompe : Shoah, ce film sont la traduction, l'essence de sa vie. Tout dans celle-ci conduit à ce moment, le cœur de son existence : son engagement absolu dans la conception, la réalisation de Shoah.

Peu importe qu'avec sa brutale franchise Lanzmann confie que l'idée de Shoah n'est pas de lui : «Je n'y songeai pas du tout.» C'est un directeur du ministère des Affaires étrangères israélien qui lui a suggéré de réaliser un film qui «soit» la «catastrophe». L'essentiel est qu'au cours d'une «nuit de feu» Lanzmann décide de vouer sa vie - il est proche de la cinquantaine - à ce projet parce qu'il serait «indigne et lâche de ne pas le saisir». Ces deux mots-là, ces deux comportements, Claude Lanzmann les a depuis son enfance refusés, rejetés, condamnés. Le récit de sa vie en porte à chaque instant le témoignage.

Il affronte la mort

Mémoires passionnants parce que Lanzmann a été mêlé à la plupart des débats et des combats de la seconde moitié du XXe siècle. Né en 1925, il a vécu, juif, sous les lois antisémites de Vichy. Il a été traqué. Il a participé les armes à la main à la Résistance. Dans le Paris des années 1950, étudiant en philosophie, il est plongé dans la vie intellectuelle, ami de Jean Cau - le secrétaire de Sartre, futur Prix Goncourt -, du philosophe Gilles Deleuze, de l'écrivain Michel Tournier. Il est journaliste à Elle, à France-Dimanche, côtoyant ces «grands de la presse», Hélène et Pierre Lazareff. Il publie des reportages prémonitoires, sur le dalaï lama - en 1959 ! -, l'Allemagne communiste, la Corée, la Chine, Israël. Il écrit dans Les Temps modernes, la revue de Sartre.

D'une phrase malicieuse, il aborde un chapitre important de sa vie : «Et Simone de Beauvoir. Nous y voilà !» Car il ne fut pas seulement l'ami le plus proche des deux «stars» intellectuelles Sartre et Beauvoir, il vécut maritalement sept années avec celle que Sartre appelle «le Castor».

Il parle de cette période avec le souci de dire la vérité, sans fard, tout en ne brisant pas le pacte d'intimité qui unit ceux qui se sont sincèrement aimés. Et Claude Lanzmann sait aimer. Il est de ces adultes qu'enflamme une brève rencontre, et qui pleurent à la projection d'un film qui évoque ces coups de foudre sans lendemain sinon la nostalgie. Il met donc son cœur en jeu, comme il engage son corps, au risque de sa vie.

Il se lance des défis sportifs. Il s'expose sur la frontière algéro-tunisienne pendant la guerre d'Algérie, ou en Israël. Il vole sur des avions de chasse. Il pilote un tank. On suit ses aventures comme on lirait un roman de London, de Hemingway, de Kessel. Mais là n'est pas l'essentiel. Lanzmann éprouve son courage. En «voyant» - il se vit ainsi -, il sait qu'une tache exceptionnelle l'attend. Il en connaît le sens : affronter la mort. Il écrit - et tout est dit : «J'ai pris rang dans l'interminable cortège des guillotinés, des pendus, des fusillés, des garrottés, des torturés de toute la terre, de même je suis cet otage au regard vide, cet homme sous le couteau. On aura compris que j'aime la vie à la folie.» Il n'a qu'une seule crainte : «Celle de se conduire lâchement», portant des valises bourrées d'armes, craignant la milice, la Gestapo, la torture et la peur de ne pouvoir y résister pendant que ses amis étaient arrêtés, broyés. Et ce sont les morts qui le hantent. Ce sont eux qu'il veut servir. Lorsqu'il se voue à Shoah, une certitude l'habite : dans ce film les vivants s'effaceront devant les morts pour s'en faire les porte-parole. Point d'images d'archives, d'amoncellement de cadavres. «Mon film devait relever le défi ultime : remplacer les images inexistantes de la mort dans les chambres à gaz.»

C'est le moment capital de la vie de Claude Lanzmann et ses Mémoires changent de statut et de rythme. Ils deviennent le journal d'un créateur, d'une sorte d'archéologue qui doit identifier les traces des crimes que les nazis ont voulu effacer, des témoins qui ont échappé à l'extermination et des bourreaux qui ont esquivé le châtiment. Et Lanzmann les retrouve. Il nous fait partager sa quête angoissée et résolue qui est bien davantage que la recherche de preuves et de témoignages. Car le sujet de son film n'est pas de reconstituer les événements ou les destins miraculeux, exceptionnels des survivants. Shoah doit dire «la mort et non pas la survie, contradiction radicale : les morts ne pouvaient pas parler pour les morts».

Entreprise impossible et cependant réalisée, car elle est aussi «une illumination d'une puissance telle que je sus aussitôt que j'irais jusqu'au bout».

Et nous avançons avec lui tout au long de ses Mémoires qui sont comme Shoah : «Un chœur immense de voix… qui témoignent, dans une véritable construction de la mémoire, de ce qui a été perpétré.»


Un livre, porté comme Shoah, par le jaillissement de la vie.

» Le Lièvre de Patagonie, Mémoires de Claude Lanzmann Gallimard, 546 p., 25 €.

vendredi 13 mars 2009

Une rencontre à Jérusalem organisée avec le Studium Theologicum Salesianum.


Yad Vashem analyse le rôle de Pie XII pendant l’Holocauste
Source : Zenit.

ROME, Vendredi 6 mars (ZENIT.org) -
Au lendemain du cinquantième anniversaire de la mort du serviteur de Dieu Pie XII, dans le siècle Eugenio Pacelli, l'Institut international de recherche de l'holocauste Yad Vashem et le Studium Theologicum Salesianum, Saints Pierre et Paul, organisent les 8 et 9 mars un atelier d'experts qui analyseront l'état actuel de la recherche sur le pape Pie XII et l'holocauste.

Selon les propos rapportés par don Francesco De Ruvo, s.d.b., à ZENIT, « des historiens débattront et partageront les résultats de leurs recherches afin de répondre à une série de questions relatives à la controverse en cours ».

Les historiens et les experts, qui confèrent une dimension internationale à l'initiative, appartiennent aux deux écoles de pensée sur la question : celle qui est plus critique à l'égard de Pie XII et celle qui en apprécie l'œuvre.

La rencontre a lieu alors que les préparatifs de la visite de Benoît XVI le 11 mai prochain à Yad Vashem, mémorial de l'holocauste, battent leur plein et où il participera à une cérémonie en mémoire des victimes de la shoah.

Les experts qui participent aux débats sont Sergio Minerbi, Paul Oshea, Michael Phayer, Susan Zuccotti, Thomas Brechenmacher, Jean-Dominique Durand, Grazia Loparco, Matteo Luigi Napolitano et Andrea Tornielli.

La session d'ouverture sera inaugurée par Avner Shalev, président du Comité de direction de Yad Vashem, et par Mgr Antonio Franco, nonce apostolique en Israël. Les modérateurs seront, pour le Studium Theologicum Salesianum, Don Roberto Spataro et pour Yad Vashem, Mme Iael Orvieto.

« Ces dernières années, de nombreux livres et de nouveaux articles ont été publiés. Ainsi, du nouveau matériel a été présenté qui a permis de mettre en lumière de nouveaux aspects, qui ont besoin d'être regroupés et débattus, pour voir s'il y a quelque chose de nouveau et qui doit être totalement revu », explique le père De Ruvo.

Parmi les différents arguments qui feront l'objet de débats parmi les historiens, se trouve la période qui précède le pontificat de Pie XII, les relations avec les évêques allemands, Pie XII et l'holocauste, la situation en Italie pendant la période de l'holocauste et celle qui a suivi.

« Aujourd'hui, au Musée de l'holocauste Yad Vashem, il y a une légende de photo objet de polémique sur l'œuvre de Pie XII » au sujet de laquelle les historiens n'ont cessé de débattre, explique le père De Ruvo, salésien et chercheur à Jérusalem.

« Pour certains, Pie XII aurait été un spectateur indiffèrent de l'holocauste qui, par son silence, se trouva de connivence avec la monstrueuse tragédie qui se déroulait. Toutefois, d'autres chercheurs et historiens soutiennent depuis longtemps une thèse totalement opposée qui donne une appréciation positive de l'œuvre de Pie XII : il aurait agi pour limiter de toutes les façons possibles les effets de l'holocauste, parfois avec des résultats concrets ».

« Cette dernière position historiographique, ajoute-t-il, est basée sur des documents historiques d'archives et de témoignages aussi bien oraux qu'écrits des protagonistes. Les auteurs qui louent l'action de Pie XII pour le sauvetage des juifs soumettent leurs conclusions, sans distinction d'appartenance ethnique et religieuse. Parmi ceux-ci l'on note de nombreux experts juifs ».

« Un climat d'écoute cordiale et respectueuse a régné jusqu'à aujourd'hui parmi les institutions engagées dans cette initiative qui, selon le souhait de tous, conduira à un accord sur le texte actuel de la légende que l'on voit à Yad Vashem » conclut-il.


© Zenit

Mis en ligne le 13 mars 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org

"Auschwitz tombe en ruine et que fait-on?"



Par Alexandre DUYCK
Le Journal du Dimanche

>> Simone Veil a rencontré cette semaine, pour le JDD, une enseignante en Seine-saint-Denis qui lutte depuis des années contre les préjugés antisémites des élèves. Le 12 septembre 2001, dans une classe du lycée professionnel Moulin-Fondu, à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis). "Dans les tours, y avait aussi des juifs..."; "Partout où t'as du pouvoir et du fric, t'as des juifs"...

"Moi, je dis que c'est une bonne punition pour les juifs..." Samia Essabaa, professeur d'anglais, est sidérée: "Antiaméricanisme exacerbé, racisme et antisémitisme. Des symptômes, ça révèle une maladie. Et une maladie, ça se soigne. Mais comment?"
Elle trouve la solution: emmener ses élèves, presque tous de confession musulmane (comme elle) et perclus de préjugés antisémites, à Auschwitz. Au mémorial de l'Holocauste de Washington, où ils se trouvent ces jours-ci. Depuis son premier voyage au camp d'extermination, Samia Essabaa poursuit cette expérience, dont elle rend compte dans un livre à paraître mercredi*. Livre dans lequel elle rend hommage à Simone Veil, qui l'a beaucoup aidée.

Faut-il aller à Auschwitz pour comprendre la Shoah?
Simone Veil: Un jour, un de mes fils, qui était médecin et avait alors 40 ans, m'a dit: "Je ne veux pas y aller. Je n'irai jamais parce que je ne le supporterai pas." A l'inverse, mon mari, hier, m'a annoncé qu'il était prêt et qu'il avait décidé de s'y rendre. Concernant les plus jeunes, si le déplacement a été bien préparé par l'enseignant, oui, ça vaut la peine d'y aller. Sans quoi, on ne peut pas se rendre compte de ce qu'a été la déportation. Reste qu'Auschwitz tombe en ruine, les baraques sont en train de pourrir, et le monde a l'air de le découvrir. Et que fait-on pour restaurer le camp? Rien. Les lieux n'ont pas été entretenus. Certes, les Polonais n'ont jamais eu beaucoup d'argent, mais ce devrait être la priorité de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, que j'ai présidée mais que je ne préside plus. C'est l'une de ses vocations. Il y a de l'argent qui existe et qui doit être destiné à cela. Sans compter que les Allemands seront prêts à aider, d'autres aussi sans doute. Sauver Auschwitz de la ruine ne me semble pas une tâche insurmontable."

Samia Essabaa: Pour mes élèves, aller à Auschwitz, c'est essentiel. La Shoah, ce n'est pas leur histoire. Ils la connaissent très mal et pour la plupart doutent de sa réalité. C'est la solution que j'ai trouvée pour lutter contre l'antisémitisme: aller sur place au bout d'un travail de préparation qui, à chaque fois, dure six mois, durant lesquels je fais venir des anciens déportés, des enfants cachés, des représentants d'associations. J'emmène les élèves à la grande synagogue de la Victoire à Paris, ils étudient la Shoah en histoire, en anglais, dans les arts appliqués... Je les emmène aussi à la grande mosquée de Paris, je les fais travailler sur l'islam, leur religion, afin de faire ressortir les parallèles avec le judaïsme.

Plusieurs lycéens cités dans le livre n'ont jamais entendu parler d'Auschwitz, qu'ils sont tous censés avoir étudié en 3e...

S. V.: Les programmes sont très lourds, il faut aller très vite. On sait aussi que certains professeurs ne veulent pas étudier la Shoah en classe. Ils ne sont pas nombreux mais ils existent...

S. E.: C'est la vérité. Des enseignants effleurent le sujet pour éviter les problèmes au sein de la classe. Il existe aussi des élèves qui refusent catégoriquement de l'étudier et mettent le professeur devant le fait accompli.

S. V.: Il arrive aussi que des enseignants remplis de bonne volonté n'y arrivent pas... L'autre jour, un professeur m'a envoyé une liste de questions que ses élèves voulaient me poser. Je ne sais pas ce qu'ils s'imaginaient. Ils voulaient savoir si je connaissais le nom du SS qui m'avait fait telle ou telle chose. C'était nul, ils n'avaient absolument rien compris à ce qu'a été la déportation. Je l'ai dit à leur professeur. Il m'est aussi arrivé, il y a peu de temps, une expérience très déplaisante. J'ai été invitée par la directrice d'une institution religieuse près de chez moi, à Paris, pour parler de la Shoah. J'y ai été très bien accueillie par cette directrice et les élèves qui m'ont offert cent roses blanches. Je n'y ai parlé que de la déportation, tout s'est très bien déroulé. Et qu'ai-je appris peu après ? Que le curé avait obtenu le renvoi de la directrice, parce qu'elle m'avait fait venir, moi, l'auteur de la loi sur l'interruption volontaire de grossesse !

Samia Essabaa, quelle image vous vient à l'esprit lorsque vous repensez à votre découverte d'Auschwitz?
S. E.: Le mal-être au fur et à mesure que le car s'approchait du camp. Le mal au ventre. Et puis, une fois arrivée, la vitrine qui rassemble les vêtements des petits enfants. J'ai pensé à ces femmes de mon âge, arrivées ici avec leurs enfants... J'ai dû sortir et je me suis effondrée.

Simone Veil, quand y êtes-vous retournée pour la première fois?
S. V.: Je crois que c'était en 1955, pour les dix ans de la libération. Les Russes tenaient encore le camp. Nous sommes restés à l'extérieur. Il y a des déportés qui ne veulent pas y retourner, d'autres qui y vont souvent. Quand j'y vais, ce n'est pas aussi épouvantable qu'on pourrait l'imaginer. Nous, les déportés, nous sommes plus marqués par les souvenirs que nous avons de certains endroits que par les lieux mêmes. Les chambres à gaz et les crématoires ont pour la plupart été détruits ; il y a de l'herbe, des arbres, l'endroit fait pacifique alors que, quand nous y étions, c'était soit la boue et le froid soit la chaleur accablante. Tout était si sale. Ça n'a aucun rapport avec ce que c'était.

Certains parlent d'une recrudescence de l'antisémitisme en France. Qu'en pensez-vous?
S. V.: Je le crois, effectivement. Le récent scandale Madoff survenu aux Etats-Unis est catastrophique. Ce qui s'est passé récemment en Israël et à Gaza est également mal compris, sans compter ce qu'il adviendra avec le nouveau gouvernement israélien, qui sera très à droite et ne correspondra pas à ce qu'est Israël aujourd'hui.

S. E.: Madoff, les élèves de mon lycée ne savent pas qui il est. Gaza, à l'inverse, les a beaucoup touchés. J'ai été très vigilante et je dois dire qu'à mon grand soulagement, je n'ai pas du tout entendu les propos tenus en septembre 2001. Mes collègues non plus. Le travail que nous menons depuis plusieurs années a réussi à apaiser les tensions. Quand mes élèves ont rencontré des juifs de leur âge, au Maroc, qui, comme eux, portaient des casquettes et ne se différenciaient en rien d'eux, ils ont perdu toutes leurs certitudes, tous leurs repères. C'est aussi ce que je recherche : aider mes élèves à se débarrasser de leurs préjugés pour être autonomes et responsables dans la vie.


* Le Voyage des lycéens, Samia Essabaa, Stock, 196 p., 17 euros. En librairie le 11 mars.