lundi 26 mars 2007

HISTOIRE DE LA RESISTANCE : LES ARMES DE L'ESPRIT

Posté le Dimanche 25 mars 2007
par jc durbant

Suite à notre dernier billet sur la légende Aubrac comme illustration du mythe qui a entouré la Résistance pendant la dernière guerre en France et l’apparent manque de combativité de la majorité de la population française …

Petit retour sur les travaux de l’historienne américaine Helen Fein, dont l’analyse des différentes réponses nationales des pays européens face au génocide juif (”Accounting for Genocide: National Responses and Jewish Victimization During the Holocaust”, 1979) pourrait être éclairante.

Comparant les destins différents des communautés juives sous le nazisme, elle montre en effet que les pays où celles-ci s’en sont “le moins bien sorties” sont apparemment ceux où il n’y avait pas eu d’institutions (politiques, religieuses) appelant à résister.

Comme par exemple les Pays-Bas ou la Pologne (dont les dirigeants et élites s’étaient exilés en Angleterre et/ou avaient été décimées par les assauts conjoints des Nazis et des Soviétiques) qui ont eu le pire bilan par opposition au Danemark où Christian X avait explicitement pris position contre la déportation et dont la population juive a été très largement épargnée.

La France ayant eu une position intermédiaire (un peu comme la Bulgarie, dont les autorités religieuses avaient bien résisté mais qui finit par abandonner “ses” juifs thraces) où le régime a, en simplifiant, “sauvé” une bonne partie de ses juifs nationaux sur le dos (ie. en les livrant ou abandonnant aux nazis) de ses juifs réfugiés …

D’où l’intéressant contre-exemple du cas très particulier de ces villages des Cévennes de descendants de huguenots, avec leur longue tradition de “résistance” religieuse (comme Le Chambon-sur-Lignon, révélé au grand public par le documentaire de Pierre Sauvage, qui sauva quelque 5 000 juifs sous l’Occupation - mais il existe, parait-il un tel village de Justes aux Pays-Bas) …

On a ainsi l’impression qu’avec beaucoup de résistants, notamment au début, qu’ils sont quasiment livrés à eux-mêmes, aucune, sauf exceptions, institution politique, syndicale ou religieuse (hormis l’appel – de l’extérieur - du 18 juin) n’appelant à résister et qu’ils s’improvisent résistants avec les moyens - très limités – du bord, certains dans les campagnes ou aux frontières, à partir de leurs pratiques locales faisant passer leur résistance comme une sorte de braconnage ou contrebande “glorifiée”.

Ce qui souligne encore plus leur courage mais aussi la faiblesse de leur nombre et donc à nouveau… le “manque de combativité” de la majorité.

Et bien sûr le décalage avec les récits largement idéalisés que, pour les raisons que l’on sait, on en a fait après coup et… le choc quand la vérité sort peu à peu.

Aucun commentaire: